Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
|
Anne REGHENAZ
|
...
En tout cas , le résultat est là....sportif , poétique, charmeur. Bravo Anne et nos amitiés au nouveau vélo. Que les oreilles lui sifflent de bonheur!
MICHEL
...
La femme qui parlait au vélo
Samedi 10 septembre 2008. Je pars en solitaire (enfin presque) avec mon vélo sur ma Twingo, destination Auch et son très réputé triathlon international : deux heures de trajet pour deux heures de pluie.
Arrivée au péage de Toulouse, le ciel était plus gris que ma voiture et j’aurais presque fait demi-tour. Je me voyais déjà greloter dans les eaux du Gers, à me battre contre le froid dans ma combinaison de surf, moi la triathlète la plus frileuse du club albigeois. Mais ma petite voix me dit : « Ben vingt dieux ! Maintenant que t’es sur la route ! Vas-y ! Tant pis ! ». Bof ! Je m’imaginais regarder les épreuves sous mon parapluie en mangeant un sandwich au foie gras… J’avais froid et j’allumai le chauffage.
Je m’arrêtai boire un café à l’entrée de la cité de D’Artagnan manière de me réchauffer le corps et l’esprit. Un « café des sports » où quelques phénomènes qui, en raison du temps, anticipaient l’heure de l’apéritif. Bien évidemment, et vu ma tenue, le barman m’interrogea sur l’épreuve et conclut : « … z’allez pas avoir chaud ma p’tite dame ! ». Je ne répondis pas et m’enfonçai dans ma capuche pour ne plus voir ni entendre le bonhomme qui n’avait rien d’une allure sportive…
Je cherchai alors le lieu en question mais aucune pancarte ne l’indiquait. Je me dirigeai au hasard vers une zone d’activités, en espérant voir quelque indication, et en restant sur la rive droite du Gers comme la plaquette de la manifestation le précisait. Rien.
Le ciel pleurait encore et toujours, et j’avais envie de pleurer avec lui. Je décidai de faire demi-tour et aperçu alors -après un embouteillage du type albigeois- un unique panneau blanc qui m’amena vers le stade Philippe Brocas où j’eus couru lorsque j’étais plus jeune. En constatant l’animation qu’il y avait dès l’entrée passée, je compris que l’événement se produisait là. Mais hélas, je ne trouvai jamais le lieu pour retirer les dossards. Les personnes que je croisais n’avaient pas plus de renseignements à me donner. Les affiches annonçaient un triathlon le lendemain pour les enfants… Je me voyais de plus en plus avec mon sandwich au foie gras entre les mains… Enfin, un être semblant connaître la signification exacte du mot « triathlon », m’indiqua avec précisions la route à emprunter.
Je retournai donc dans ma voiture lorsque qu’un autre athlète, comme moi sans GPS, s’était perdu et me demandait le chemin du duathlon. Le duathlon ? le duathlon ? Ce mot résonnait dans ma tête. Il me suivit et nous fîmes ensemble le chemin.
J’allai alors retirer mon dossard. L’organisateur annonçait une eau à 20°. Les connaisseurs disaient 18°. Sans hésiter, je négociai alors le changement de mon dossard du triathlon pour le duathlon.
Je rencontrai une autre albigeoise et son mari, plus courageuse mais mieux équipée que moi : elle se lançait sur l’épreuve du triathlon avec une combinaison en néoprène.
Je n’avais pas faim. Il pleuvait toujours et l’heure du départ approchait. Je ne connaissais rien du parcours et je n’avais aucun renseignement sur les difficultés de l’épreuve. J’entendis juste au micro que Marion Clignet était de la partie. Je me souvenais alors du duathlon de Muret où elle me doublait dans la première partie du parcours à vélo en me narguant « alléii !! ac-cro-ouchch !! ». Je me disais alors que cette fois, çà ne se passerait pas comme çà…
Je dû parcourir près d’un kilomètre à pied chargée de mon bicycle et de mon sac de sport pour trouver le parc à vélo. Tout semblait aller pour le mieux. J’avais fait régler mon nouveau vélo chez Andouard trois jours auparavant mais je ne l’avais pas essayé (pardon André ! je ne le ferai plus c’est promis !). Je lui parlai alors sèchement : « bon, c’est la première fois qu’on fait une compèt ensemble. Il y a 30 bornes à passer. Alors tiens toi tranquille et fait pas le c.. ». Oui, certains parlent à leur voiture, d’autres à leur cheval, moi je parle à mon vélo.
Une fois le matériel installé, je partis faire mon échauffement de course à pied. J’estimai qu’il n’y avait pas lieu de s’échauffer à vélo : les routes étaient mouillées et je ne voulais pas risquer une chute inutile. Pendant que je redécouvrais des lieux que j’avais jadis parcourus en niveau national d’athlétisme, le speaker annonçait ma présence sur le duathlon mais je n’entendis pas le nom de mes concurrentes, persuadée que Marion Clignet serait parmi nous.
La pluie s’était enfin arrêtée et le départ fut donné à 14 h. Les cinq premiers kilomètres à pied se déroulaient le long du Gers, en aller-retour. J’étais devant et malgré le peu d’entrainement de cet été, je courai en quatre minutes au kilomètre. J’arrivai alors au parc à vélo la première et, à la sortie, juste après la ligne de chronométrage, je montai donc sur mon « AllezSpecializedechezAndouard » pas vraiment sûre de moi. Et Crac ! Le voilà qui déraille. En furie, je descends pour remettre la chaîne en lui disant : « mais qu’est ce que çà veut dire ? Si tu refais l’andouille, je te ramène chez ton papa à St-Juéry OK ? ».
Et nous voilà partis pour trente kilomètres de faux-plats, de côtes gersoises –celles qui descendent fort et qui remontent de suite sans prévenir- de revêtements défectueux et de vent dans le nez. Comme pour la course à pied, je donnai toutes mes forces, je ne voulais pas être doublée. Je pensai que cette course était lamentable : pas même le temps d’admirer le paysage, de jeter un coup d’œil aux maisons. Pas même le privilège de passer devant la cathédrâle ou l’escalier monumental. Devant moi, trois concurrents se virent attribuer un carton noir pour drafting. Dans une descente, mon cher vélo se mit à trembler dans le vent. Je n’arrivai plus à le contrôler. Tout à coup c’est moi qui avais peur de lui. Finalement, on ne se connaissait pas tant que çà lui et moi. Peut-être avais-je été trop brutale avec lui ?
A plusieurs reprises, des spectateurs me signalèrent que j’étais la première femme. Mais je me méfiai de leurs dires, comme ce commissaire de course à qui je demandai combien il restait de kilomètres tant j’avais perdu confiance à mon compteur qui s’était débranché au départ de la course. « une descente, après c’est tout plat, et puis c’est fini ! » me lança-t-il assurément. Il restait en fait une dizaine de kilomètres mais le plus dur était tout de même passé.
J’arrivai effectivement la première dans le parc à vélo. Je desserrai mes jugulaires trop tôt et un commissaire m’arrêta net sur mon trajet en me sommant de les rattacher. J’abandonnai alors mon « Allezspecializedechezandouard » à son emplacement numéroté.
La dernière partie de l’épreuve, soit de nouveau cinq kilomètres à pied, me parut très dure. Durant le premier kilomètre, le sentiment de courir dans de la gadoue épaisse et visqueuse me replongeait dans l’épreuve apocalyptique du championnat de France de Cross à Castres dans les années 1990. Puis, peu à peu, je retrouvai mes jambes pour atteindre l’ultime ligne droite de la piste du stade Brocas, à la lutte avec une concurrente d’une équipe.
Je n’ai pas vu ni entendu Marion Clignet. Je n’ai pas su réellement si j’étais première ou pas, tant les apparences des athlètes se confondent à vélo : les hommes portent des boucles d’oreilles, ont les cheveux longs, se rasent les jambes, et maintenant s’habillent en rose !
Ce n’est que bien plus tard, malgré une panne informatique, que j’ai su le résultat. J’étais bien sûr très satisfaite et j’allai vite retrouver mon vélo pour lui annoncer la nouvelle. Mais, en me dirigeant vers le parc à vélo, je ne voyais plus de parc à vélo ! Il s’était vidé et n’était plus qu’un champ d’herbe abandonné : les organisateurs avaient commencé à ranger et je m’affolai de ne pas apercevoir mon compagnon. Enfin, un bénévole me rassura. Il était là, mais il ne répondit même pas à mon enthousiasme tellement il était exténué.
Le soleil et la chaleur revenus, je reçu mes récompenses et rentrai dans le Tarn, heureuse d’avoir participé, et surtout gagné avec dix minutes d’avance sur la deuxième concurrente individuelle.
J’éteignis le chauffage pour le trajet, je n’avais toujours pas faim.
La victoire m’avait nourrie.
ANNE