Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Alors, Francis, raconte !…
(raconte ton Etape du Tour, Mondovélo 2008 et ses ascensions du Tourmalet et d’Hautacam)
Salut à tous !
En 2008, j’ai tellement « gonflé » mes potes avec mes histoires de blog « participatif » qu’ils s’y mettent (presque tous) progressivement.
Le pourcentage de commentaires et de récits supplémentaires dépasse même le taux officiel d’augmentation de la rémunération du Président de la République Française. C’est dire !
Anne, dans un récit mémorable, nous a confié qu’elle parlait à l’oreille de son vélo. André a relaté avec brio l’Autour du Tarn et Bordeaux-Paris – les deux morceaux de bravoure des stars du groupe-. Denis M et Jean Louis racontent aussi quelques sorties de fin de semaine.
Voici maintenant le tour de Francis. L’enfant de Crestoules a mené solitairement, malgré lui, un fantastique projet. L’étape du Tour 2008. La Mondovélo, entre Pau et Hautacam.
Lui et moi inaugurons maintenant une nouvelle forme de récit sur le blog, à l’intention des copains. Sous forme d’interview. Intitulé tout naturellement….Alors, Francis, raconte !.....
Michel
26 novembre 2008
-Alors, Francis, raconte….Mondovélo 2008, c’était quand, c’était où ?
-Tu sais, l’Etape du tour a toujours lieu une semaine avant le passage du pro sur le même parcours. Elle correspond chaque fois à une des étapes les plus costauds du Tour, si ce n’est la plus difficile.
Cette année, elle a eu lieu le 6 juillet. Dans les Pyrénées. Sur 169 kilomètres, entre Pau et Hautacam, en passant par les côtes de Labatmale et de Loucroup et les cols du Tourmalet et d’Hautacam. 4000 mètres de dénivelé positif ! 8500 engagés. Près de 50 nationalités représentées. Et un temps plus pourri que pourri qui a vachement durci l’épreuve. Crachin, bruine, brouillard, pluie au départ et dans les passages les plus rudes.
Philippe Dintrans, l’ancien capitaine du XV de France, l’a courue pour une association caritative. A l’arrivée, il a déclaré qu’il avait vécu des moments mortifères. « …C’était l’enfer, cette pluie ! Je comprends mieux pourquoi Ocana voulait toujours la chaleur !, a-t-il dit aux journalistes. Quant à Alain Prost, annoncé et inscrit, …il n’a pas pris le départ.
Cette méchante épreuve, j’en suis venu à bout. Je l’ai terminée. Sans voir le paysage. Fatigué et radieux. Quand j’y repense en fermant les yeux …plein d’images défilent. C’était super !
-Alors, Francis, raconte….pourquoi un tel projet de si haut niveau sportif
-Tu me connais, j’aime le vélo, les côtes et les descentes. Je vous ai incité, il y a quelques années, à nous coltiner avec le Ventoux (on y revient d’ailleurs en 2009). Je m’avale parfois La Drêche ou Mascabières entre midi et deux. Cette année, en lisant la revue Le Cycle, je n’ai pas résisté à l’appel des Pyrénées.
C’est en fait en décembre 2007 que j’y ai lu le descriptif. J’ai y trouvé deux avantages : les Pyrénées ne sont pas loin du Tarn, le parcours comporte deux cols. Pas cinq ou six ou beaucoup plus encore forcément réservés à des Transpyrénéens confirmés. Dès lors, je n’ai eu qu’une idée en tête : comment faire pour être retenu ?
-Alors, Francis, raconte….quelles démarches as-tu accomplies ?
- J’ai pris contact avec l’organisation, l’ASO. J’ai découvert qu’elle sélectionnerait des candidatures par tirage au sort dans des paquets de 100 lettres manuscrites. Faut donc avoir pas mal de chance…même si, semble t’il, les récidivistes s’avèrent nombreux d’une année à l’autre !
J’ai pisté avec insistance la parution du n° de février de Vélo Magazine, le partenaire par lequel doivent transiter les demandes d’inscription. Mon marchand de journaux de la rue Croix Verte a compris combien ça me tenait à cœur. Je lui ai fait promettre de m’en réserver un.
Finalement, j’ai dû être le premier Albigeois en possession de ce Vélo Magazine. Mon toubib a tamponné mon dossier de candidature et on a joint un (vrai) certificat médical.
J’ai attendu. Longtemps, très longtemps, trop longtemps. Jusqu’à fin avril, à peu près. Sabine, ma femme, a alors eu la lumineuse idée de consulter le site internet de l’organisation.
On y a alors trouvé deux Alary. Dont un, Francis. Moi, tu te rends compte ? Le numéro de dossard y était indiqué. 4420. La confirmation par courrier est arrivée un mois plus tard, avec tout un dossier.
-Alors, Francis, raconte….et la préparation sportive ?
- J’ai commencé mi
janvier. Seul, souvent. Les copains du CG préparant Bordeaux –Paris vivaient leur propre rêve. Les sorties ASPCG étaient d’autant plus rythmées qu’à
l’époque, Michel, tu avais remisé Concorde, le temps d’une convalescence, sur les conseils du docteur Brau. Je suis un peu sorti aussi avec le CRA.
Je me suis aussi entraîné une semaine « plein pot » à la maison. Sur home trainer, dans le garage, avec la musique de la radio 100% à fond pour couvrir le bruit des rouleaux.
2OO kilomètres en 7 jours consécutifs dans le garage. Des séances, tous les soirs, de 40 minutes à une heure un quart. Toutes terminées « cramé ». J’alternais moulinages et repos, je durcissais les efforts en jouant avec les braquets, je m’imposais des fractionnements simulant des côtes, j’inclinais le vélo…
Ensuite, de février à avril, j’ai repris l’entraînement sur route. Plusieurs fois par semaine. Je suis sorti quelques fois avec les copains de l’ASPCG.
Sur avril, mai, juin, je suis monté d’un cran dans ma préparation. 3 mois, 3000 kilomètres. Des côtes jusqu’à plus faim, notamment dans le Ségala.
Et puis, il y a eu l’intermède Pays Basque. Une semaine en famille. Avec le vélo, aussi. Cols, cols, cols….
Tous ces efforts m’ont fait du bien .Physiquement et mentalement. De 79 kilos en janvier, je me suis stabilisé à 73-74 fin juin. Surtout, dans ma tête et mon corps, je me suis senti bien. En confiance. D’attaque pour finir l’Etape du Tour …peut importe le chrono.
Fin juin, je suis sorti une fois avec Walter et Fletcha vers Saint Sernin sur Rance.
-Alors, Francis….raconte…te voici parti vers Pau, la veille du Grand Jour ?
Sabine et notre fille m’ont accompagné. Des amis de Tarbes nous ont hébergés. Contents de nous voir, pas spécialement accros du vélo….ils le sont depuis un peu devenus, au point d’être allés voir aussi le passage des pros la semaine suivante.
Je suis allé retirer mon dossard dans « notre « Village du Tour. Le petit frère de celui du pro. Hôtesses belles et gentilles, moquette largement déployée, vérification informatisée de la réservation, contrôle de la puce électronique, cadeaux de bienvenue (sac à dos, bidon…) stands divers dont celui du Conseil Général 65. J’y suis allé saluer les collègues.
Mavic se propose de régler chaque vélo. Le mien est déjà passé par les mains de Célestin.
On ne reste pas pour la Soirée d’avant l’Etape. Tant pis pour la Pasta Party, ses 400 kilos de pâtes et 250 kilos de sauce bolognaise ! Quant aux résultats de la Tombola, on les cherchera plus tard.
Sage soirée chez nos amis. Je m’en vais cajoler mon vélo, j’installe la plaque. Je me couche à 21 heures et trouve le sommeil une heure après.
-Alors Francis, raconte…comment se passent l’avant départ et le départ de l’Etape du Tour?
Je me lève à 4 heures, pas certain d’avoir entendu l’orage durant la nuit. Je petit déjeune de quelques gâteaux « Sport » et avale quelques boissons énergétiques.
J’ouvre la fenêtre et là patatras !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!Brouillard, brume, temps pourri, ô con !
La phrase « J’y suis, j’y vais », me vient aussitôt en tête. Je sors le coupe vent du CG 81 du sac. Je me frictionne les jambes (rasées) d’huile camphrée et d’Arnica.
Sabine m’emmène vers Pau. On attend un peu à la sortie du péage autoroutier. Je remarque dans une autre file un car d’Espagnols déjà casqués. Drôle de vision !
Je rejoins en vélo le point de ralliement de mes 8499 acolytes. Il est environ 6H40. On se répartit par tranches de mille dans les sas. Je n’ai ni le temps ni l’idée de reconnaître dans le premier quelques célébrités ou champions tels Marion Clignet (et oui, Anne !), Laurent Brochard, Patrice Lagisquet, Paul Belmondo.
Il pleut, il fait froid. La pression monte. Le crachin refroidit les jambes. Le ciel devient tout noir. Tiens, des éclairs. Puis un orage. Entre cyclos, on se parle sans se parler.
Chacun se retrouve surtout face à lui-même. Devant ce qui va s’appeler une épreuve sportive si durcie par la météo qu’elle en devient exploit sportif. Et le trac prend toute sa place !
7 heures. Le premier sas est libéré. On entend le clic clic des transpondeurs portés à la cheville gauche. Ca y est, je passe la plaque.
-Alors, Francis, raconte…..les 80 premiers kilomètres ?
Dès le départ, au bout de 500 mètres, tout le monde est tout « tremp ». Je me souviens aussi et surtout, dès cet instant, des encouragements et des applaudissements du public. Ca fait super plaisir.
Je peine à trouver mon souffle sur les 10-15 premiers kilomètres. Le peloton roule vraiment vite. Il faut aussi faire gaffe aux ralentisseurs et aux passages piétons devenus glissants.
Je passe les 50 premiers kilomètres de plat ou presque (toi, tu dirais parfois légers faux plats ascendants) avant d’entamer la côte de Labatmale. Une côte de 2,6 kms, 401 mètres, 7% de moyenne.
Elle provoque un très fort écrémage. L’énorme peloton s’étire. Je me débrouille pas trop mal et double des gars déjà « à la ramasse ». Les conditions météo ont sévi. Les premiers abandons ne se feront pas trop attendre.
La descente peut faire peur. Je la maîtrise malgré la pluie, le nombre, les traces de boue. J’apprendrais plus tard qu’elle a donné lieu à quelques chutes.
Kilomètre 81. J’entame la côte de Loucroup. 522 mètres.1, 8 kilomètre. 7,5% de moyenne. Je me souviens de passages étroits et de haies de spectateurs de chaque côté.
J’aborde la descente puis les 40 kilomètres conduisant au pied du Tourmalet. En y arrivant, je réalise que ma moyenne, depuis le départ, tourne autour de 27,5. »Je me dis Francis, faut se calmer et attaquer raisonnablement ce sommet de 2115 mètres.
-Alors, Francis, raconte…cette ascension du mythique Tourmalet ?
Dans ma tête, je
sais qu’il y a 23, 4 kilomètres à monter avec une moyenne de 7,5%.Je démarre avec un petit groupe, on roule à 9 -10 à l’heure.
Soudain, je commence à connaître des moments difficiles. J’ai mal au ventre. Des crampes d’estomac m’énervent et m’affaiblissent. Et bien évidemment, il fait encore froid et il brume.
Je comprends que j’ai du prendre froid sur la digestion, après le ravitaillement de Lourdes. Y’a pas de miracle ! Je me retiens. L’estomac et le bas ventre font des leurs. J’ai des envies folles de tout évacuer par le bas.
La délivrance scatologique arrive à La Mongie, autre point de ravitaillement. J’agis avec la même dextérité qu’à Vabre, il y a quelques années, lors de notre grande sortie ASPCG, lorsque Denis et Xave m’ont ouvert à toute vitesse la route sanitaire jusqu’aux WC municipaux. Les copains doivent s’en rappeler.
Je me souviendrai longtemps de cette halte à la Mongie où je me suis, à l’insu de mon plein gré, retrouvé à poil par une température maximale de 5 degrés.
Je me réalimente en salé et remonte sur le vélo. Le tronçon La Mongie-Tourmalet, environ 3 kilomètres, reste dur. Froid et brouillard. contrarient la mise en jambes. On n’y voit pas à deux mètres.
Quel souvenir, pourtant. Des gens partout ! des encouragements ! Des étudiants des Arts et Métiers proposent de l’eau, de la soupe chaude, des journaux en prévision de la descente. J’apprécie même si j’ai déjà anticipé en emmenant un Midol. Traduire Midi Olympique pour les non connaisseurs de l’Ovalie.
Ah, cette descente et sa surprise !
Tout d’abord, de la pluie givrante, très peu de visibilité au point de provoquer une chute et plusieurs tonneaux, m’a-t-on dit, nécessitant une évacuation par hélicoptère. « Avec le brouillard, c’était limite, » diront d’ailleurs pas mal de cyclos.
Et puis, 3 ou 4 kilomètres après, côté Barèges, un temps clair et une route qui ne glisse plus. Alors là, je m’en donne à cœur joie. Et à compteur ouvert. Autour des 70 kms à l’heure.
Barèges. Luz et ses gorges. Soulom. Beaucens. Ayros Arbouix. La route demeure sèche mais un vent de face calme les ardeurs. Pas pour très longtemps. Je suis en effet rejoint par un groupe d’une dizaine de super rouleurs .Se sachant piètres grimpeurs, ils se dévouent pour mener le train jusqu’au pied du Hautacam.
-Alors, Francis, raconte….cette montée du Hautacam ?
On se sépare de
nos copains rouleurs en les remerciant. Je me concentre en me rappelant les données du dernier challenge : Hautacam. 1520 mètres .15, 2 kilomètres. 7,2% en moyenne. Quelques centaines
de mètres vers l’auberge de l’Arriautou à 15%.
Je « gère » mes six premiers kilomètres. Sans pluie ni brouillard. La souffrance revient vers le 12 ème, près de l’Auberge cachée par le brouillard, de nouveau présent. Je me sens fatigué. Les jambes pèsent.
Mon cardio rougit. Je ne le consulte plus. Je m’accroche pour les derniers kilomètres quand je suis rejoint par une cyclotte et son compagnon. On termine ensemble, la jeune femme devant.
Le tout dernier kilomètre est un régal. Plus faux plat ascendant que côte martyrisant On se la prend à 19-20 à l’heure.
Je m’en souviens. Je m’en souviendrai toujours. Ces derniers kilomètres ont été un vrai bonheur. La flamme rouge, la Grande Arche, des gens, partout !
-Alors, Francis, raconte….te voilà maintenant redescendu sur terre, quelles leçons tires-tu de ton Etape du Tour, Mondovélo 2008?
Plein de choses.
Une sacrée admiration pour les femmes cyclo. Elles étaient 212 (5,5%) au départ et mon accompagnatrice et son mari vers le haut du Hautacam m’ont vraiment impressionné.
Un super regret des conditions météo. Le froid est un ennemi. Le brouillard nous a privés des paysages si magistralement mis en valeur lors du Tour de France.
Un fort sentiment d’entraide. Au sein des pelotons, on partage l’idée d’une même galère. Je n’ai jamais eu l’envie de me plaindre tant j’ai vu autour de moi d’autres gars, plus vieux ou pas, en difficulté qui s’accrochaient eux aussi
Une réelle envie de recommencer l’aventure de l’Etape du Tour. Celle de 2009 s’annonce vraiment costaud. 5 cols et le Ventoux par le Bédouin.
J’ai vraiment envie de la faire. Avec d’autres ! Ca vous dit, les copains et la copine de l’ASPCG ?
….
Francis ALARY
….avec les participations (littéraire et photographique ) de Michel DOUMERC et de Dany ASSIE.
26 novembre 2008