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Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...

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Enquête Lance Armstrong : retour aux affaires LE MONDE | 30.06.09 |

Enquête Lance Armstrong : retour aux affaires


Jésus" est revenu parmi les siens. "Il est revenu des morts pour nous montrer le chemin", s'enflamme Bradley Fox, 48 ans. Aux premières heures du Tour de Californie, à Sacramento, le 14 février, jour de la Saint-Valentin, ce fan absolu fait partie des 100 000 mortels venus acclamer leur "lumière", Lance Armstrong.

C'est la première course sur ses terres, depuis son "come-back", de celui qui avait mis un terme à sa carrière en 2005. Ces fans ne savaient pas encore qu'il s'alignerait au départ du Tour de France, le 4 juillet à Monaco. L'hystérie collective frôle déjà l'idolâtrie.

Quelques jours plus tard, loin de la grisaille de la Côte ouest, Austin, capitale de l'Etat du Texas, grille sous le soleil. Des jeunes se protègent de la chaleur entre les murs de Mellow Johnny's. Drôle de nom pour un magasin de vélos. "Essayez de prononcer maillot jaune avec l'accent texan", explique avec le sourire une des vendeuses. Cette boutique n'est pas n'importe laquelle : c'est celle de Lance Armstrong, consacrée à sa gloire.

Des cyclistes contemplent, sur un grand écran, la chevauchée encore hésitante de la star sur une étape du Tour de Californie. Ils portent une casquette et un T-shirt au nom de son équipe kazakhe, Astana, mais inutile de leur demander s'ils savent ce que cela signifie. "C'est une multinationale", disent-ils de la capitale du Kazakhstan, le regard hypnotisé par l'écran.

Armstrong ou l'histoire d'une éternelle résurrection. Atteint d'un cancer des testicules, en 1996, il avait fini par le vaincre, avant de gagner le Tour de France sept fois d'affilée, de 1999 à 2005.

En France, le pur-sang texan passe pour un champion controversé, qui a su nager entre les soupçons et les accusations de dopage. Quand la presse avait dévoilé de la présence de corticoïde et de l'érythropoïétine (EPO) dans les urines prélevées lors de son premier Tour victorieux en 1999, ces révélations auraient dû l'envoyer au cimetière des sportifs déchus. Il a survécu, innocenté à chaque fois par l'Union cycliste internationale (UCI).

Armstrong ou l'incarnation de la phrase de Nietzsche, "tout ce qui ne nous tue
pas nous rend plus fort". Aujourd'hui, le survivant se sent investi d'une mission : revenir sur selle, courir "gratuitement" de grandes courses pour alerter la planète des dangers du cancer, qui tue 1 500 personnes chaque jour rien qu'aux Etats-Unis.

L'Américain se présente comme "un combattant du cancer à plein-temps". "Il est la personnification même de l'espoir pour les malades du cancer dans le monde, assure le docteur John Seffrin, président de la puissante ONG American Cancer Society.

Les gens s'inspirent de lui pour combattre." "Ça va vous sembler fou, mais on peut changer le monde et Lance nous donne cette opportunité de toucher des millions de gens", explique Doug Ulman, le jeune président de Livestrong, la fondation de Lance Armstrong (LAF).

Quand il se déplace dans un pays, le Texan est accueilli par les chefs d'Etat ou de gouvernement. En janvier, en Australie, pour sa première course après trois années de retraite, il rencontre Kevin Rudd, le premier ministre. En mars, au Mexique, il est reçu par le président Felipe Calderon. Et quand, en septembre 2008, il avait annoncé son retour sur les routes de France, l'Américain avait assuré avoir appelé Nicolas Sarkozy pour le lui annoncer.

Livestrong, "vivre fort" en français, sa fondation, sa marque, sponsorisée par Nike. Depuis sa création, en 1997, elle a collecté quelque 300 millions de dollars (213 millions d'euros) et vendu plus de 70 millions de ces bracelets jaunes en silicone qui ont fait sa renommée mondiale.

Mais le fonctionnement de cette fondation, censée aider la recherche contre le cancer et soutenir les malades, reste peu connu. Le sérieux site de notation des ONG américaines Charity Navigator lui a attribué une étoile sur quatre pour son efficacité.

A Austin, sous la coupole marbrée du Parlement texan, dans les partis et dans les salles de rédaction, nombreux sont ceux qui pensent que le retour du "survivant" n'est pas seulement lié à son ambition d'éradiquer le cancer.

Son "come-back" est aussi perçu comme un moyen de servir une ambition politique : celle de devenir, un jour, gouverneur du Texas. "C'est une invention, des rumeurs", explique Lauren Pfeifle, une de ses conseillères de presse. Avant de rejoindre la fondation d'Armstrong, elle a été l'une des attachées de presse d'un autre Texan, George Bush, alors président des Etats-Unis. Et elle finit par reconnaître : "C'est vrai, je pense qu'il est intéressé. Peut-être dans dix ans, mais il n'a aucun plan." Des rumeurs ?

Pourtant, la dernière phrase d'une longue interview accordée au Texas Monthly, en juillet 2005, a fait frissonner les partis républicain et démocrate. Quand le journaliste lui demande s'il a déjà pensé à se présenter au poste de gouverneur, Lance Armstrong, jeune retraité, reste vague, puis lâche : "Si jamais je décide d'y aller, là vous le saurez tous."

"Il a ses chances : il est très riche et très populaire au Texas, tout le monde le connaît, explique Karl-Thomas Musselman, un proche des démocrates qui tient un blog politique (www.burntorangereport.com).

On ne peut pas dire la même chose du gouverneur." Populaire ? Après son sixième sacre au Tour de France, en 2004, la ville a organisé une parade en son honneur. Plus de 90 000 personnes sont venues l'applaudir.

A Austin, l'enfant de la cité jouit d'une belle réputation grâce sa fondation, mais "il est aussi perçu comme un homme froid et arrogant qui n'aime pas aller vers les gens et les embrasser, explique Michael Hall, journaliste au Texas Monthly qui a suivi sa carrière. Il se croit au-dessus de tout".

Le quotidien Austin American Statesman a révélé en juillet 2008 qu'Armstrong est le plus grand consommateur d'eau de la ville - deux fois plus que la moyenne locale -, devant même les entreprises privées ou publiques. "Il a dit qu'il n'était pas au courant et que c'était la faute de son homme à tout faire, puis il a black listé Austin American Statesman", raconte Dave Mann, journaliste au Texas Observer. Comme les journaux qui ont mis en doute l'intégrité de ses performances...

"Beaucoup n'ont pas aimé qu'il fasse du vélo avec Bush, explique Glenn Smith, un consultant politique. Il aurait pu choisir un coéquipier plus populaire. Ça pourrait le desservir : Austin est une ville démocrate dans un Etat républicain." Mais pour le maire d'Austin, Will Wynn, un démocrate ami du cycliste, "Lance Armstrong est comme Eisenhower après la seconde guerre mondiale, il peut gagner quel que soit le parti, même en étant indépendant."

Le "survivant" est souvent sollicité par des associations de lutte contre le cancer. Il y a quelques mois, il a participé à une campagne pour que le Texas interdise la cigarette dans les lieux publics. En 2007, il a sillonné Texas en bus, le temps d'une campagne pour que l'Etat finance d'avantage la recherche et la prévention contre le cancer.

Pari réussi : le gouverneur a décidé d'allouer 3 milliards de dollars sur dix ans. "Nous avons dépensé lors de cette campagne 700 000 dollars : C'est un bon retour sur investissement, se félicite Doug Ulman, le président de Livestrong. C'est une preuve que Lance touche tout le monde. Et il a aimé faire campagne."

 L'une des forces du cycliste, "c'est qu'il s'implique toujours dans des causes non partisanes, note le professeur Andrew Karch, spécialiste de la politique à l'université du Texas. Mais on ne connaît toujours pas ses opinions sur les problèmes sociaux, économiques..." Les observateurs ont surtout du mal à savoir si Lance Armstrong est démocrate ou républicain. "On aimerait bien l'avoir", avoue avec le sourire Hans Klingler, porte-parole du Parti républicain.

Tout comme les démocrates, pauvres en candidats charismatiques. "Mais il y a une grande différence entre gagner le Tour de France et le Texas", souligne M. Klingler. "Et il a intérêt de faire un résultat au prochain Tour de France, explique le blogueur politique Karl-Thomas Musselman. Les Américains n'aiment pas les histoires de perdants."

Lance Armstrong sera donc à Monaco, le 4 juillet, pour le départ de la Grande Boucle. Sa fondation sera représentée sur le bitume du Tour. Son président, Doug Ulman, lui aussi rescapé du cancer, a rencontré l'ambassadeur de France à Washington, il y a quelques mois, pour faire part de ses projets. Durant le Tour, Armstrong devrait rencontrer des ministres comme celui de la santé en Suisse par l'intermédiaire de l'UCI.

Mais Lance Armstrong ne sera pas le leader de l'équipe Astana, il devra épauler l'Espagnol Alberto Contador, vainqueur du Tour en 2007. Une escouade décidément riche en vedettes, alors qu'elle avait failli disparaître à la fin du Tour d'Italie, en mai, pour des problèmes de trésorerie. S

elon Johan Bruyneel, le manageur général, les salaires des coureurs avaient été versés avec retard, les sponsors souffrant de la crise financière... "Mais nous avions déjà donné une partie de l'argent avant le Giro", explique au Monde, irrité, Nikolaï Abramovich Proskurin, vice-président de la Fédération de cyclisme du Kazakhstan qui dénonce un "complot" d'Armstrong et de Bruyneel, avec la complicité des autorités du cyclisme. S

Selon lui, les deux hommes auraient tenté de récupérer la licence Pro-Tour - détenue par les Kazakhs d'Astana - indispensable pour courir les grandes courses. Car le coureur américain souhaite désormais avoir sa propre équipe, et - pourquoi pas ? - au nom de sa fondation. M. Proskurin ironise : "On va presque finir par regretter d'avoir Armstrong."

Mustapha Kessous Article paru dans l'édition du 01.07.09
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