Thomas Vockler s'est imposé mercredi 8 juillet, dans la 5e étape du Tour de France.
Perpignan Envoyé spécial
L'issue semblait déjà inéluctable : un fort vent de face, de longues portions de plat, une échappée plafonnant cinquante secondes
devant le peloton à trente kilomètres de la ligne, tout était en place pour voir débouler une nouvelle fois le rouleau compresseur Mark Cavendish (Columbia). Seulement voilà, le sprinter britannique n'est pas parvenu à décrocher, mercredi 8 juillet à Perpignan, sa
troisième victoire sur la Grande Boucle. La faute à son équipe, rincée par l'effort collectif de la veille et
incapable de boucher le trou. La faute aussi au culot – certains diront l'inconscience – de Thomas Voeckler
(BBox-Bouygues Telecom), vainqueur au bout de 184 kilomètres d'échappée après avoir semé ses cinq
compagnons de virée.
Le coureur français ne s'en est pas caché une fois la ligne d'arrivée franchie: "Vu les écarts avec le peloton, je n'y ai jamais cru. D'habitude pourtant, dans une échappée, j'élabore des
scénarios, je regarde qui est présent, j'essaye de voir les alliances qui vont pouvoir se nouer." Mais la machine Columbia, implacable jusqu'alors, a calé. Et Thomas Voeckler s'en est allé
décrocher la première victoire tricolore de la Grande Boucle.
Un coup prémédité dès mercredi matin par BBox-Bouygues Telecom. La veille, lors du contre-la-montre par équipes, la formation avait cumulé chutes, crevaisons et ennuis mécaniques. Un affront à
réparer. Et comme cet effort collectif avait lessivé de nombreuses équipes de sprinters, Thomas Voeckler s'est dévoué: "On n'allait pas devant juste pour montrer le maillot à la télé." Dur
au mal et généreux, le Français, tout juste trentenaire, est un habitué des longues chevauchées. Toujours à l'attaque mais pas souvent récompensé. Comme lors du dernier Tour d'Italie où, tout juste remis d'une fracture de la clavicule, il avait multiplié les kilomètres devant le peloton. Une débauche
d'énergie qui n'est pas allée sans susciter parfois quelques sarcasmes.
"JE NE MARQUERAI PLUS JAMAIS AUTANT LES GENS"
C'est pourtant grâce à une échappée au long cours, le 8 juillet 2004 – soit très exactement cinq ans avant sa victoire de Perpignan – que le grand public a découvert Thomas Voeckler : 185
kilomètres devant lors de l'étape du Tour arrivant à Chartres et au bout, le maillot jaune. Un maillot que le coureur va s'acharner à défendre dix jours durant. La France s'entiche alors de ce
jeune homme à la gentillesse désarmante, toujours souriant, toujours disponible, et apprend à écrire sans faute son nom sur les banderoles et le bitume.
"Aujourd'hui encore, le grand public ne me parle que de ce maillot jaune, avoue-t-il. À l'époque, je ne m'en rendais pas compte. Si j'avais su, j'en aurais davantage profité parce que je
ne marquerai plus jamais autant les gens." Lors de ce Tour de France 2004, la France découvre aussi le
destin singulier de ce coureur : une enfance en Alsace, une adolescence en Martinique où sont partis vivre ses parents, un père disparu en mer alors qu'il n'avait que 13 ans, et un retour en
métropole à l'âge de 17 ans, seul, pour intégrer une section "sport études". De quoi s'endurcir très tôt.
Mais paradoxalement, Thomas Voeckler a ses fêlures et doute fréquemment de ses capacités athlétiques. Comme s'il s'en voulait de ne pas avoir tout à fait répondu à l'extraordinaire attente
qu'avaient suscitée chez les Français ses dix jours en jaune. Et ce malgré ses vingt-neuf victoires chez les professionnels, dont quelques beaux succès comme un grand prix de Plouay, un Tour du
Luxembourg ou un Championnat de France. "Je n'ai pratiquement jamais gagné en étant le plus fort,
a-t-il encore avoué mercredi, mais en étant le plus malin."
Un flair qui pourrait peut-être une nouvelle fois sauver son équipe. En 2004 déjà, l'épopée en jaune de Thomas Voeckler avait prolongé l'existence de la formation de Jean-René Bernaudeau, l'homme qui couve le Français depuis les rangs amateurs. Bouygues Telecom s'était alors décidé à investir dans
le cyclisme. Mais ce partenariat arrive à terme. Et l'opérateur en télécommunications a déjà averti qu'il quitterait le vélo si l'équipe ne trouvait pas de cosponsor d'ici la fin de
l'année.