Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Les croissants de Guy le Mazamétain et le vent du Nore.
Samedi 25avril. Autour de 18 heures. Le téléphone sonne rue Lamartine, à Albi.
Walter me donne des nouvelles des copains que nous surnommons « les stars » .Il s’enquiert aussi des autres, mon groupe, ceux qui s’auto-intitulent « les grupettistes ».
Jacques est à l’origine de cette nouvelle appellation, en référence, bien sûr, à ces groupes de coureurs «. souvent lâchés (en montagne le plus souvent) par le gros du peloton qui réalisent les ascensions sur un rythme plus doux et donc soutenable par tous.
Souvent, ils effectuent les descentes et les parties plus faciles sur un rythme relativement élevé .Leur but final, avoué officiellement, est de parvenir à l'arrivée avant les délais d'élimination ou le seuil maximal de la raillerie» ….
L’appel téléphonique de Fanfaronissimo me fait plaisir. C’est que, pour chacun, quelque soit son appartenance, la sortie cyclo du jour a été intense. Matinale, mazamétaine et montagnarde magistrale, envoutante, envoutée,…
Matinale car le rv commun aux deux groupes a été fixé au Stadium à 6h15 afin de charger les vélos dans les voitures ou remorques. Présage d’un déplacement inhabituel.
Je connais plus d’un copain dont la nuit de sommeil s’est avérée courte ou saccadée, par crainte de ne pas entendre le réveil. André de l’Ile a programmé deux téléphones -réveil.
Certains, les plus conciliants, ont même usé du canapé d’à côté de la chambre afin de ne pas importuner Madame à l’heure des braves.
Je me suis levé discrètement à 5h15, sacs et vélo Concorde fin prêts, ou presque, pour le RV devant mon domicile avec Jean Louis à 6 heures. En sortant mes affaires vers six heures moins dix, j’ai aperçu mon pote qui attendait gentiment devant le portail depuis…quelques minutes !
Après avoir récupéré André de l’Ile, et incité Eukaltellisimo à aller chercher ses jambières, on se dirige vers le Stadium. On y retrouve André le Président, sa voiture et sa remorque puis Bernard, Jacques, Alain, Walter et leurs vélos.
Personne n’a traîné, personne ne semble avoir oublié ses chaussures ou son casque. On se répartit dans deux voitures direction …Mazamet en mélangeant exprès les deux groupes. André le Président a prévu large, question délai de route.
Tout se présente sous les meilleurs auspices pour cette journée sortant de l’ordinaire. Seuls, le vent et la météo nous obligent à rester un minimum concentrés. N’a-t-on pas entendu Météo France annoncer des pluies intermittentes et, surtout, des bourrasques de vent en plaine et en montagne. Du genre 9O kilomètres/heure. « On verra bien !, on se décidera sur place! »
Notre sortie s’annonce sudiste, mazamétaine et montagnarde. Tarnaise et audoise. Elle a été magistralement préparée - quasiment depuis 2 ans car nous nous sommes abstenus l’année dernière- par notre collègue et ami Guy le Mazamétain avec la complicité d’André.
Il s’agit d’une sortie en Montagne Noire à, partir d’un itinéraire commun, de deux principales variantes (100 ou 140 kms) et d’une apothéose commune mais non synchronisable : l’ascension du Pic de Nore depuis son versant audois.
J’y vois comme un clin d’œil aux Critérium Internationaux de la grande époque des Jalabert et à notre ascension du Pic de Nore depuis les Yès en 2004, me semble t’il…Quelques images me reviennent en mémoire dont ces moments insolites avec Laurent Jalabert, Jacques Esclassan et Michel Bourguignon…
Guy le Mazamétain, on le connaît depuis notre historique sortie du RD 53- la traversée en diagonale du Tarn depuis Labruguière jusqu’à Penne sur la même route départementale presque tout le temps ! -, dans les années 2004 environ.
Je me souviens parfaitement qu’à l’époque on avait « royalement »traversé Mazamet sous sa bienveillante conduite. Tous derrière et lui devant. Comme le gentil cheval blanc de la chanson de Brassens !
Cette fois ci, Guy nous reçoit en son royaume. Plus exactement, en raison de notre forte avance sur l’heure prévue du RV, nous l’accueillons en souriant à son arrivée devant le portail du Pôle d’Aménagement du Service Routier Départemental.
On rentre les véhicules, on décharge les vélos, on les équipe de leur roue avant, on se chausse en cycliste et on accomplit une rapide visite des lieux avant d’apprécier le café et les croissants et chocolateries de Guy. Amicale attention appréciée de tous donnant à la journée le ton du plaisir et de l’effort partagés.
Deux autres collègues « territoriaux » nous rejoignent et partagent ce petit déj d’avant l’effort. Le courant passe aussitôt avec Marc Caretta, de Saint Paul Cap de Joux et son pote Jean Marc du Parc de Toulouse.
Tous deux nous paraissent aussitôt se situer physiquement du niveau des stars mais l’un récupère encore d’un récent marathon et le second, affublé d’un vélo Peugeot à l’ancienne avoue avoir roulé depuis janvier environ 110 kilomètres.
Is souhaiteront donc partager la journée des « grupettistes » en optant pour l’itinéraire le plus court (!!!)tout en se mêlant au début des routes communes au quintet des stars. .
8 heures, à une ou deux minutes près. Munis des dernières consignes domestiques de Guy pour les douches du retour, on traverse groupés Mazamet pour rejoindre Saint Amans Soult par Négrin en roulant sur le fameux RD53
.Fanfaronissimo cultive sa légende en s’octroyant le premier panneau. Bernard et Jacques ne s’en laisseront pas conter pour les prochaines entrées de villages ou de hameaux.
La liaison entre Saint Amans et l’embranchement de la route d’Albine s’effectue prudemment sur l’ex RN 112 devenue D 612. Quels poètes tous ces aménageurs de voirie, que d’imagination dans l’appellation des routes!
Je discute un peu avec Alain, peu vu depuis quelques semaines et lui donne, en passant, quelques nouvelles de mon chauffe eau. Etat stationnaire, orienté vers la fuite.
Il me raconte sa découverte récente avec Arlette, Sylvie et son mari, de la Corrèze rurale. J’en retiens surtout qu’il convient toujours de faire préciser à l’avance qu’en cas de froid le branchement du chauffage en chambre d’hôte ne parait pas incongru.
Voilà, on quitte la 612 pour la route d’Albine (altitude de 325mètres) puis pour le premier hors d’œuvres de la journée, les 15 kilomètres environ de la côte de la Salette. Ce col se situe à 886 mètres, aux confins du Tarn et de l’Aude et de l’Hérault. Il sépare les vallées du Thoré et de l’Argent Double, petit affluent de l’Aude.
Arrivées les premières à l’embranchement idoine, au bout d’environ dix kilomètres de montée, les stars nous attendent puis nous quittent en bifurquant sur la gauche pour s’adonner à leur long périple par d’autres routes.
On se salue et on revêt les K way pour ne pas prendre mal au sommet du col de Salettes. Il ne fait pas froid, plutôt doux mais on transpire pas mal. Une espèce de mini pluie mouillotte.Les commentaires sur la pluviométrie et le brouillard à venir ne relèvent pas vraiment d’un super optimisme.
Notre quatuor (Jacques, Jean Louis, André et moi) devient groupe de six puisque Marc et Jean Marc signent à ce moment là ; pour la journée, .chez les grupettistes.
Nouvel arrêt ravitaillement au bout de cinq ou six kilomètres, en haut du col de Salettes, en pleine forêt des Soulanes de Nore .On assure aussi la pause technique de gonflage des pneus du vélo de Marc et la pause photo.
On descend maintenant en vallée dite de l’Argent Double vers Lespinassiere (9 kilomètres de distance, un sacré donjon, un local Emmaüs en sortie de village et une altitude de 450 mètres), vers Citou. (3 kilomètres).puis vers Caunes Minervois.
On se venge de nos efforts de montée dans ces belles descentes et faux plats descendants. Jacques, André et Marc se montrent particulièrement véloces.
A l’entrée du village de Citou, un panneau (tiens, tiens …André …celui là.. tu ne l’as pas eu, c’est Jean Louis qui m’a bouffé !) nous informe des qualités de l’ognon doux local.
D’aspect plat et cuivré, cet ognon légèrement sucré et donc très doux en bouche et fondant en cuisine a acquis une notoriété dépassant le Languedoc. Ses producteurs le font sécher au soleil des champs et ils déconseillent à tout acheteur de le conserver au frigo.
Nous sommes aussi impressionnés par le nombre de vergers de pommiers, pêchers et cerisiers en fleurs de ci de là et par les ruines d’un château médiéval dominateur.
Nous voici à 11heures à Caunes Minervois pour un ravitaillement en eau à la fontaine publique et pour un changement de chambre à air sur la roue arrière d’André. Il semblerait que le patron de Vulcano ait très légèrement entraîné sa machine vers les bas côtés herbeux et quelques petits gravillons en bord de route, lors de la descente.
On quitte Caune Minervois alors qu’un touriste étranger s’amuse à nous prendre en photo pour illustrer son séjour dans un des « Sites Pays Cathare », célèbre aussi pour son abbaye et l’appellation d’origine contrôlée de son vignoble..
On ignore aussi, à ce moment là, que Caunes est aussi la capitale mondiale du marbre incarnat. Exploité depuis les Romains, ce marbre rouge si particulier orne les plus beaux palais, écrit quelque part l’Office de Tourisme. Il est vrai que, de nos vélos, en traversant le village, on a aperçu quelques demeures à l’allure d’anciens hôtels particuliers. Et quelques impressionnantes sculptures.
Je calcule machinalement. Nous avons quitté Mazamet voici 3 heures dont un léger quart d’heure de pauses diverses. On a parcouru environ 48 kilomètres dont 18 kilomètres de montée plus ou moins affirmée.
A ce rythme, les stars vont finir par nous rattraper sur le dernier tronçon, entre Cabrespine, Pradelles-Cabardes et le Pic de Nore. On en parle, on en sourit, on se marre mais, consciemment ou pas, on accélère l’allure.
Nous voici à Villeneuve-Minervois (207 mètres). On ne s’y attarde pas. Juste le temps de remarquer la proximité de Carcassonne : 17 kilomètres et de trouver les directions de Cabrespine et du Pic de Nore. Il nous faudra rouler 22,5kilomètres, si le temps le permet, pour atteindre ce mythique sommet à 1211 mètres ..
Le .premier tronçon Villeneuve- Cabrespine s’avère être un faux plat de six kilomètres entre 1 et 4%. Pas vraiment méchant mais pas forcément agréable quand le vent tourbillonne.
Bien sur, on remarque à un embranchement la voie d’accès au Gouffre géant de Cabrespine. L’heure n’est pas au tourisme culturel mais à la poursuite de l’effort cycliste. Et cette dernière partie du périple est la plus difficile.
On ignorera donc « ce joyaux du monde souterrain, apprécié pour les dimensions impressionnantes de sa salle (80 mètres de large et 250 de profondeur) et pour la qualité de ses cristallisations (cristaux d’aragonite et de calcite) ». . .
Le tronçon Cabrespine -Cabardès monte pratiquement sans arrêt pendant 10 km entre 3 et 6 % jusqu’à Pradelles-Cabardès (800 m).
André l’entreprend avec aisance avant de se faire rattraper dans le dernier tiers par un Jean Louis volontaire et gagneur. Il a su gérer ses efforts et utiliser à bon escient son triple plateau.
Jean Marc de Toulouse a bien débuté son ascension - il est largement devant moi-avant de décider de soulager sa vessie. En enfourchant son vélo, il ne me reprendra pas les mètres concédés car nos rythmes s’avèreront semblables. La comparaison ne tient pas vraiment. Est-il besoin de rappeler que le copain « sort » d’un très récent marathon et qu’il se considère en phase de récupération ?
Marc et son vieux vélo à double plateau et dérailleur ancienne formule forcent le respect. Il me gratte, se fait rejoindre et dépasser puis me fiche cent mètres dans la vue.
Jacques parait pouvoir monter d’allure facile, surtout lorsqu’il m’accompagne en début d’ascension et trouve les ressources pour commenter les caprices du vent.
En le voyant soudain décrocher, je m’imagine qu’il va épauler un des copains de derrière .En fait, me dira t’il plus tard, il s’est battu avec lui même et ses problèmes de dos sur tout le reste de la côte.
En rejoignant André, Jean Louis et Marc en pause ravitaillement à l’abri du vent un peu avant l’entrée de Pradelles, je me félicite intérieurement. J’ai géré à ma manière et à ma mesure cette montée peu amène. Je me sens prêt à tenter Nore avec les copains.
En attendant, on discute un peu de cette montée tout en nous alimentant sérieusement. Marc et Jean Marc déballent un sandwich. On n’a pas été gâtés par le temps. Le vent nous a parfois enquiquinés et la noirceur des nuages nous a gâché le spectacle. Le plus naturel tout comme le plus technologique.
Sur les vélos, en montant, on n’a pas vu, comme maintenant à la pause, les grands mats des éoliennes des environs en pleine activité. Tout juste Euskaltellissimo a-t-il perçu un bruit étrange sans en discerner l’origine
Le vent continue de souffler assez fort. Le ciel s’obscurcit. On ne devine pas le Relais de télé de notre montagne favorite. Brr , brrr…
Marc et Jean Marc décident de « chinter » le Pic de Nore car le jeu météorologique n’en vaut pas la chandelle sportive »… . Marc s’avoue par contre volontaire pour s’y attaquer une autre fois.
Jacques penche du côté de nos deux nouveaux copains. André et Jean Louis basculent au moment où le vent redouble d’intensité .
A Pradelles, je fais semblant d’emprunter la route du Pic puis me range « raisonnablement » derrière les copains pour rentrer sur Mazamet en longeant l’Arnette. Tant pis pour les 6 derniers km d’ascension à 6,7 % de moyenne avec quelques portions à 8 %.Mais moi aussi, nous aussi, on y reviendra !
Histoire de me distinguer à l’insu de mon plein gré, en descente, je crève de la roue arrière pour cause de silex incrusté dans le pneu. L’amicale assistance m’épaule efficacement et me conseille de changer…de pneus !
Je m’octroie les derniers panneaux de la journée dont celui de Mazamet. Vers l’embranchement d’Hautpoul, on croise quelques cyclos partant vraisemblablement vers Pradelles. On rencontre aussi quelques convois de voitures tractant des bolides destinés à tester les côtes et virages de la montée directe vers le Pic depuis les Yés. Guy l’avait dit, la descente directe de Nore par les Yès n’aurait pas été possible.
Et voilà, c’est fini !
Nous sommes de retour dans l’antre de Guy. Une douche bien chaude m’enlève toute amertume pour la fin d’itinéraire écourtée .Je savoure avec les copains notre bilan commun : 95 kilomètres en 4H54, soit une moyenne horaire de 19,4 kms. Au moins 5347 calories brûlées .Un entraînement de qualité pour la préparation de notre sortie au Mont Ventoux.
Bien sur, les stars ont fait mieux. 140 kilomètres , une dégustation de sandwiches à Caunes-Minervois et l’ascension finale de Nore avec le dernier kilomètre aussi impressionnant dans un sens que dans l’autre : trop de vent, pas assez de visibilité pour ne pas dire aucune visibilité à 20 mètres. André le Président s’est régalé, venant rechercher Fanfaronissimo dans ce dernier kilomètre homérique de montée à 5 et 7 à l'heure. Limite, limite....
Les autres copains Noristes ont peut être aussi souffert mais sont tous heureux de l’exploit. Walter, en m’en parlant par téléphone en fin de journée, se sirotait un whisky.
Allez, on s’en souviendra tous de cette journée du 25 avril, des croissants de Guy le Mazamétain et de ce sacré Vent du Nore
Le Pic n’a qu’à bien se tenir.les grupettistes se rappelleront bientôt à son bon souvenir !
Michel
25 avril 2009-04-27
…
PS :Joli week end sportif : victoire du Sporting Club Albigeois sur Auch, lutte permanente contre la pluie pour les 1600 participant(e)s aux Marathon et semi Marathon d’Albi et enfin…victoire de Philippe Andouard sur la Ronde Castraise ! Petite Ronde ( 88 kilomètres) mais grand champion…sous une pluie battante, incessante et glacée.