Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Albigeoise 2004
On a grimpé le Ventoux le 8 mai et nous voici au départ de la dixième Albigeoise le 6 juin. Nos deux rendez vous sportifs revêtent une signification historique les dépassant de très loin.
Entre le rappel de l’armistice et la commémoration du débarquement, on entretient notre forme en rangs dispersés. Numériquement et géographiquement. Avec l’Ascension et la Pentecôte comme appuis.
Les locaux du Conseil Général demeurent fermés du jeudi de l’Ascension au dimanche soir. En langage traditionnel de la fonction publique, cette initiative s’appelle « octroi de la journée du Président ».
Bernard et Christiane rejoignent Bagnères de Luchon, André et Françoise s’en vont récupérer le fils prodigue à Nantes. Je mets le cap sur le Lot. Walter, Syvie, Alain et Arlette sacrifient au rite de leur annuel stage d’altitude au….Cap d’Agde.
Nous accomplissons quand même une sortie dominicale commune le 15 mai vers le Viaur, l’Aveyron et le Cérou. En rayonnant d’Albi vers Cap Découverte, Blaye, Monestiés, le Ségur, Saint Martin Laguépie, le Cordais et l’Albigeois.
En cette occasion, les deux groupes de cyclo de l’association font route commune de Monestiés à Saint Martin. On se rend d’ailleurs compte que les copains du second groupe ( Jacques, Pierre, Jean Marie, Pascal ) sont eux aussi en forme. Même si leurs propres compteurs n’enregistrent pas autant de kilomètres que les nôtres.
On prend ça pour un heureux présage, celui de leur participation à la traversée est-ouest de début juillet .Autre souvenir insolite, Francis nous fait découvrir les sentiers serpentins de Cap Découverte. Ca nous plait à tous. On y reviendra certainement tant les points de vue dévoilés le méritent.
L’Albigeoise, donc. Et une première émotion d’avant l’heure. Sommes nous bien inscrits ? Cette question saugrenue, on se la pose six jours avant, en réunion informelle du lundi matin (8H45 bureau des poètes de la voirie départementale).
La réponse est oui. Oui … mais. Ne manquent que les confirmations officielles pour cause de procédure raccourcie. On a joué le réseau humain – un copain membre de l’organisation- plutôt que la machine enregistreuse et ses impressions informatiques. Résultat, devant le flou, quelques coups de fils présidentiels accélèrent dans la journée notre régularisation de sans papiers malgré nous. Ici, tout se passe bien… Sarko Ier ne s’est pas annexé le sport amateur. Faut quand même faire gaffe car il pratique le vélo.
Cette fois ci, on se retrouve donc huit copains. André, Walter, Denis, Bernard, Alain, Didier, Dany et moi. Hervé peut fournir un mot d’excuse d’un curé en charge de première communion. Xavier remplit d’autres obligations. Francis officie en ces périodes d’Eclats de voix épaulés par le Conseil Général.
Le millésime 2004 de l’Albigeoise propose maintenant trois parcours. Une nouvelle Petite Albigeoise 2004 est créée (109 kilomètres) et incorpore la grimpette du « Petit Tourmalet ».Son dénivelé est estimé à 1400 mètres. La grande Albigeoise ( 157 kilomètres) s’encanaille jusqu’à Lacaune et allie le Col de Sié et le Petit Tourmalet. Les organisateurs la créditent d’un dénivelé de 2200 mètres.
Chacun a choisi. Walter et moi optons pour la « soi disante » petite. On se retrouve d’ailleurs la veille en milieu d’après midi à l’Ecole des Mines. Au moment de récupérer les numéros d’inscriptions et les gilets ou maillots du 10 ème anniversaire de la cyclo sportive.
J’en ressors doté d’un gilet sans manches ni poches à l’effigie de la Maison Coloniale, de Saint Pierre de Trivisy et de Sud Alliance. Bof ! On se met d’accord pour regrouper le lendemain, avant le départ, nos vêtements de rechange dans la Scénic de Diable Rouge. .On pourra ainsi se doucher sur place et attendre posément les petits camarades.
Durant l’après midi, je passe aussi dire bonjour à mon copain Jean Pierre et le découvre particulièrement « mal foutu ». Aux prises depuis cinq jours avec une névralgie douloureuse limitant injustement ses mouvements. Mon ami a emmagasiné beaucoup d’épreuves morales ces derniers temps et apparemment nerfs et vertèbres le lui (re)signifient brutalement.
Je le trouve, non pas debout dans son jardin potager maniant pelles et bêches, mais quasiment allongé sur un fauteuil du salon et « emminervé » ;Son visage et sa voix expriment une souffrance physique certaine. La combinaison d’un traitement médical et d’un repos patiemment accepté le remettront, seuls, progressivement en selle. Heureusement.
Jean Pierre m’offre alors un cadeau inestimable, gage d’une amitié solide, sensible et démonstrative. Il me donne toute une série de miniatures de cyclistes datant de son enfance. Il les a retrouvés dans la maison familiale des Charentes et m’en fait cadeau. Et me touche « là où ça fait du bien ».
De retour à la maison, je revêts le gilet sans manche de l’Albigeoise pour prendre l’apéro ( mais oui) chez les voisins, Denis et Marielle. Obligé. Ils accueillent deux amis cyclo d’Agen et de Tarbes inscrits à l’Albigeoise. Nous nous devions de nous rencontrer. On décide naturellement de nous y rendre ensemble demain à huit heures.
Ainsi dit, ainsi fait. On traverse le centre d‘Albi endormi en ce matin du dimanche 6 mai. L’ambiance change au fur et à mesure qu’on se rapproche du stadium et de l’école des Mines.
De multiples personnages aux maillots colorés s’affairent près de leurs voitures garées en un joyeux désordre. Ils remontent, bichonnent ou testent leurs vélos. Toutes ces couleurs se mélangent autour du giratoire en un kaléidoscope me rappelant un tourne -disque des années 60.
Je quitte les deux copains d’Agen et de Tarbes pour rejoindre les potes du Conseil Général. Denis et Jean Noël sortent les vélos du camping car de l’Ange Blanc. Ils m’indiquent où retrouver Walter et lui laisser mon sac.
On part tous ensemble nous échauffer sur les premières côtes de la route de Fréjairolles. Walter et moi paradons en tête. Volontairement et ( très) temporairement. Je souris en passant près du chemin menant chez d’autres copains, Françoise et Alain. Question de ressources humaines.
Les organisateurs appellent maintenant au rassemblement de tous les participants. Chacun regagne l’un des trois parkings aménagés en boxes. La rando regroupera apparemment 189 cyclo, la petite Albigeoise 481 et la grande 316. Ces chiffres, relevés par la suite sur le site internet, ne tiennent pas compte de tous les inscrits et des abandons.
Quelques minutes avant le départ, deux personnalités officielles viennent s’exprimer au micro. Le directeur de l’Ecole des Mines et une adjointe au Maire d’Albi. Personne, manifestement, ne les écoute ou ne les entend. Non par hostilité mais par indifférence ou impossibilité de percevoir leurs propos.
Chaque cyclo, ou presque, discute spontanément avec son voisin de box. Et comme nous sommes prêts de mille !
Le départ est donné. Les grappes s’échelonnent joliment sur la longue avenue du départ. J’aperçois les maillots verts d’André, de Bernard et de Denis dans un des premiers groupes.
On franchit tous, ou presque, avec prudence l’espèce de portail surélevé de l’école et on négocie avec attention le virage à 90 degrés du giratoire. Bon enfant et altruiste, le public divulgue ses encouragements à qui veut bien les entendre
Les gars roulent vite dès le début. Trop vite à mon goût. Quelques types jouent déjà les costauds en remontant la file sans se soucier d’éventuels frottements. Plusieurs bidons à terre incitent d’ailleurs à imaginer quelques frottements ou chutes en tête de peloton.
Je me laisse progressivement décrocher par Diable Rouge. Et vaque selon mon rythme d’un groupuscule à un autre.
On dépasse un cyclo malchanceux s’échinant en bord de route à changer la chambre à air de sa roue arrière. Il n’a pas vraiment l’air à son aise. Chacun souhaite ne pas connaître une situation comparable, et surtout pas une crevaison de la roue arrière.
On roule en cherchant à contenir nos efforts. Faux plats et côtes nous dispersent un peu. Nos mini cortèges s’avèrent spontanés et éphémères. Je pense furtivement à des nuées de chrysalides.
Une cyclo me dépasse irrésistiblement. Je n’insiste pas. Elle ne sait pas, et moi non plus, que je lui rendrai la pareille soixante dix kilomètres plus tard. Irrésistiblement aussi.
Après quelques kilomètres besogneux, on atteint le carrefour des Quatre Chemins. Nous y sommes tous encouragés par un public familial et expressif. Moment très chouette sous un ciel avenant et une température idéale.
Même après la descente, notre rythme demeure relativement rapide. Résultat, on atteint finalement Teillet en cinquante minutes, à plus de 25 kilomètres/ heure de moyenne. Il reste pourtant plus de 80 bornes à maîtriser dont les 3,5 du Petit Tourmalet.
Entre le panneau d’entrée sur la commune de Teillet et le virage de l’église, sur cette portion de plat nous permettant de récupérer, j’aperçois un autre cyclo visiblement dans l’embarras.
Accroupis sur le trottoir devant son vélo et la fenêtre d’une maison, il se bat avec une roue arrière déjà séparée de la machine. Et cherche à en extraire la chambre avec les mains.
Je ne vois pas le visage du gars et ne prête pas attention à son maillot. Je regarde le vélo. Ce vélo rouge me fait instinctivement penser à Walter. Quelques mètres plus loin, je reconnais notre Diable Rouge.
« T’as crevé, Walter ? »
« Oui, et de l’arrière. C’est ce qui pouvait m’arriver de pire »
« Tu veux que j’m’arrête »
« Non, non, continue »
Je l’entends et, au son de sa voix, comprends intuitivement l’inverse. Je feins de poursuivre ma route sur deux mètres puis pose pied à terre pour rejoindre mon copain. Nous voici maintenant deux couillons réunis aussi embarrassés l’un que l’autre pour réparer vite et bien.
J’ai beau sortir de son étui ma chambre à air de secours ou essayer de faire fonctionner la pompe de Walter ou celle d’un autre cyclo, on patine.
Je m’emploie surtout à dédramatiser notre maladresse .Et à trouver un salut extérieur. En l’occurrence un type sympa de Teillet discutant devant l’église en tenue de cyclo mais sans vélo. En peu de temps, il insère la chambre, la gonfle et replace la roue et le dérailleur .On le remercie et on repart.
On a perdu plus d’un quart d’heure et on a laissé passer un nombre impressionnant de cyclos. On s’imagine être devenus en cet instant les deux derniers de l’Albigeoise 2004, tous itinéraires confondus.
Walter appuie fort sur les pédales et je l’imite un moment. On rattrape un couple zigzaguant dans la montée vers Razisse puis quelques autres cyclos des deux sexes en peine d’atteindre La Villedieu.
Je convaincs mon copain de ne plus m’attendre et de rejoindre à son rythme le ravitaillement de Saint Pierre de Trivisy. On s’y retrouve après, vraisemblablement, nous être faits tous deux tirer le portrait à l’entrée du village par les photographes volants.
Je repense amusé à ma photo si réussie de l’année dernière. Quasiment au même endroit. Le premier exemplaire se trouve sur un mur du bureau albigeois, le second sur celui de la cuisine de la rue Hermel à Paris. Le millésime 2004 sera-t-il de même facture ? Pas sûr.
Pruneaux, eau, pain, saucisses grillées, accordéon, échanges de propos courtois avec une pensionnaire graulhétoise de la maison de retraite, la halte au pays d’Adventure Parc nous ragaillardit opportunément.
La suite se mérite. En effet. Deux rempaillous, l’un en sortie de Saint Pierre, l’autre un peu avant Lacaze, se rappellent à notre bon souvenir. Ils constituent deux hors d’oeuvre de choix avant le plat de résistance, les 3,5 kilomètres du Petit Tourmalet.
On l’entame à trois avant d’en poursuivre individuellement l’ascension .Les organisateurs ont poussé le chic jusqu’à imiter leurs homologues pyrénéens et alpins. Ils indiquent à chaque kilomètre le pourcentage de déclivité.
J’atteins Saint Pierre de Chaumérac et son église – point intermédiaire de la montée- sans avoir véritablement peiné. Nos reconnaissances préalables m’aident à gérer efficacement l’effort demandé. Dans la dernière moitié du parcours, je dépasse quelques types dans un des virages ardus et les encourage de la voix . Ils me sourient tout en grimaçant.
Les derniers cinq cents mètres s’avèrent longuets . Contrairement aux ultimes côtes de l’épopée du Ventoux, il est ici devenu facile de se remotiver . Il suffit de regarder autour de soi. La météo idéale permet de mesurer, mètre par mètre , distance parcourue et distance à parcourir .C’est bon pour le moral !
Je souris. J’aperçois enfin des silhouettes attentives mais silencieuses au carrefour d’arrivée. Je m’y arrête, le temps de remplir d’eau mon premier bidon mais l’absence d’ambiance vélo me surprend.
Quelques mecs et nanas déjà bronzées posent au soleil à côté de rutilantes motos grand standing et se contrefoutent ostensiblement de nos arrivées. Nous n’avons certainement pas les mêmes valeurs même s’ils officient aujourd’hui comme sympathiques agents de liaison.
Retour solitaire sur quelques kilomètres. L’échappé du moment de la Grande Albigeoise puis un mini groupe de cinq ou six poursuivants me dépassent. Ils pédalent fort et économisent d’autant paroles et regards.
Je rattrape un vaillant sexagénaire et roule un moment avec lui. On effectue ensemble la descente vers Razisse. Je l’avertis des pièges divers de la route. Quelques récentes tranchées ont été rebouchées et recouvertes d’incontrôlables gravillons .
J’invite mon éphémère compagnon à ne pas m’attendre pour la montée vers Teillet. Surprise , il lâche prise en premier. Je poursuis ma route et me fais doubler par une meute d’une douzaine de types très véloces et ultra disciplinés .
Leur chef roule à côté du groupe et semble tout contrôler, leur souffle, leur position, leur silence. En me dépassant, il se croit inspiré en remarquant à haute voix que j’occupe vraiment beaucoup de place sur la route pour un seul cyclo . Son air hautain me vexe.
Pauvre p’tit chefaillon . T’as pas compris que mon Albigeoise n’a rien à voir avec tes manières .La mienne sourit , peine et arrivera au bout du parcours pour retrouver les copains. La tienne fait régner un ordre sportif élitiste apparemment triste et méprisant envers d’autres participants plus faibles .
Tu gâches ce jour de fête du vélo. Tu dévoies bêtement le message altruiste des organisateurs albigeois. Je parie qu’au volant d’une voiture , tu ne vaux guère mieux. On tâchera de t’éviter en toute circonstance.
Je rejoins Albi en compagnie d’un type heureusement normal . On se passe les relais en bonne intelligence et on arrive ensemble à l’entrée de l’Ecole des Mines. Contents d’en avoir terminé et raisonnablement fatigués.
J’y retrouve Walter et, bizarrement, Alain. Linlin s’était bien inscrit pour le parcours le plus long mais il s’est fait piéger à un carrefour en roulant avec un groupe rapide d’adeptes du parcours intermédiaire. Déçu, il met en cause l’absence de signalétique colorée et s’attend aux sarcasmes de Maître Denis.
On range les vélos dans la voiture . On récupère le sac de changée et on part se doucher dans les vestiaires du gymnase de l’Ecole.
On y retrouve près d’une centaine de gars de tout âge s’esclaffant joyeusement sur la froideur de l’eau. Cette ambiance d’ex grands ados sportifs fait marrer tout le monde.
On assiste aux arrivées d’André , de Bernard et de Denis. Dans l’ordre précité. Le premier sourit malgré la fatigue apparente . Les deux autres s’avouent moins contents de leurs performances. Lolo a connu quelques crampes et l’Ange Blanc souffre du dos.
On discute un peu. Alain se fait naturellement chambrer. On lui dédie de futures boussoles albigeoises. Denis expérimente mille et une positions du poirier renversé pour calmer ses douleurs dorsales. Walter relate sa crevaison. J’exprime mon propre contentement tout en racontant l’épisode du chef de meute. Bernard me demande des nouvelles de sa pompe oubliée dans ma voiture depuis notre équipée au Ventoux. Je crains qu’elle ne soit restée en rade à Toulouse chez Mum.
Je récupère quelques diplômes auprès de l’organisation. Les classements et moyennes horaires inscrits sur les parchemins paraissent parfois un peu sujets à caution. Il faudra attendre la fin de la journée pour consulter les résultats définitifs sur le site internet des organisateurs.
Jean Noël arrive à son tour. Il a connu la mésaventure d’Alain à l’envers. Inscrit pour accomplir le parcours intermédiaire, il termine la Grande Albigeoise. Et se verra vraisemblablement créditer du temps réalisé sur 157 kilomètres pour son classement sur l’épreuve de 109 kilomètres. Mistigri malgré lui…
Dany et Didier nous rejoignent. Ils ont roulé en solitaire car le long étirement du peloton au départ ne leur a pas permis de s’intégrer à nos stars.
On déjeune au restaurant de l’Ecole. Habituée à servir quotidiennement 550 repas, la société de service doit aujourd’hui en présenter le double. Elle nous octroie des assiettes de crudités, des assiettes de riz et dinde panée , des fruits et des carafes d’eau ou de vin sans esprit. On apprécie quand même.
La conversation amicale nous importe plus. On en use et en abuse. Rassasiés, on se quitte contents de notre participation au dixième anniversaire de l’Albigeoise.
Reste maintenant au calendrier d’avant les vacances un dernier évènement. Et non des moindres. La diagonale est-ouest est annoncée pour le 3 juillet.