Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Diagonale Est- Ouest

Tout arrive, même le 3 juillet 2004. Jour du Prologue du Tour de France et surtout jour de notre traversée cyclo est-ouest du Tarn. Elle a été programmée avec application de Murat à Penne par les poètes de la voirie départementale. André l’a estimée à près de 160 kilomètres et a choisi Castelnau de Lévis comme étape de déjeuner.
Tout arrive mais tout se prépare. Et les copains se sont donnés à fond pour cette préparation. Ils ont su séduire et convaincre d’autres collègues. Le noyau dur enfle heureusement. On se retrouve finalement 21 participants et 3 chauffeurs accompagnateurs de fourgons et mini bus. Très exactement 2O participants et demi et 3 chauffeurs et demi . Charles a décidé de tâter des deux rôles, l’un après l’autre. Et il le fera, le bougre.
Physiquement, même si depuis l’Albigeoise on « se la joue décontractée », la préparation n’est pas totalement laissée au hasard. « Ils » sont assez nombreux à sortir le mercredi en fin d’après midi et à rouler comme des fêlés. Un certain Jean Louis Guéraud semble y contribuer activement. Sa réputation s’est rapidement établie.
Les jeudis matins, on entend parler de tronçons avalés à 42 ou 43 kilomètres à l’heure. Quelques commentaires moqueurs relatent systématiquement les efforts et la mine de Walter, promu, en mon absence, dernier de cordée. « Il penchait un peu, il a du prendre le vent et le mistigri » …
Denis et Hervé profitent goulûment de ces sorties entre costauds pour peaufiner leur condition de futurs « trailers » dans les Pyrénées. Un truc de fou où on court à pied sur cent kilomètres en montant et descendant des sentiers de cols évidemment escarpés.
Fin juin, je joue deux fois de suite les infidèles des rendez vous du dimanche. Pour d’agréables raisons extra sportives liées à des fêtes de famille parisienne et à un anniversaire lotois. Le mien.
Histoire d’entretenir la forme, je compense mon absence par une première sortie inhabituelle un vendredi après midi avec Jacques. J’enchaîne le 27 juin par un tour dominical de 2 fois 40 bornes autour de Sauzet. Deux copains d’autres horizons complices, invités aux agapes lotoises du jour s’extirpent du lit pour m’accompagner sur le second itinéraire .Ils ont rapporteront manifestement de bons souvenirs.
De retour à Albi, je confie mon cher vélo à l’artisan patron de Chlorocycles . La roue arrière semble quelque peu voilée et Concorde émet de temps à autre de singuliers bruits. Quant au dérailleur, il manifeste parfois des signes de mauvaise humeur.
Je lui achète aussi deux chambres à air sans en deviner le très proche usage. Une crevaison à domicile, rue Lamartine entre le trottoir et le garage de la maison. Je m’en aperçois le soir du match de foot France Grèce en Coupe d’Europe.
Heureusement, trois des voisins, tchatchent devant leur porte. Jean Paul, Denis et Claude. Ils me filent spontanément un coup de main. En changeant tout seul de chambre à air, j’ai inséré maladroitement la nouvelle et l’ai pincée au point de la percer. Le voisin artisan, ex routier sur Bordeaux –Sète- me donne la leçon .
J’avise par rapport au groupe du Conseil Général. L’hiver prochain, un jour de pluie ou de grand froid, on mettra en place une séance de déniaisement technique afin de maîtriser les bases de l’entretien et des réparations d’urgence de nos machines. Tout savoir se partage .Et le pseudo cauchemar du changement de roue arrière doit finalement devenir un geste simple. J’en connais au moins deux de cet avis.
En attendant, notre projet imminent de diagonale est-ouest s’enrichit d’une nouvelle idée diabolique. Surgie lors d’une sortie rythmée d‘un des mercredis. Son auteur – Denis, vraisemblablement à moins qu’il ne s’agisse d’André ou de Xavier ou d’Hervé ou même du Diable Rouge ou de tous …-invente pour l’occasion le contre la montre du Roc du Montalet .Obligatoire pour les dix Ventousards est il précisé par e mail.
Je balise et rigole tout à la fois .On retrouve l’esprit du pari de l’année du Ventoux. De l’enthousiasme spontané, de la prise de conscience progressive des difficultés et l’envie d’y arriver… comme tous les copains.
Si une route avait existé pour gravir le roc voisin du Montgrand , point le plus haut du Tarn (1267 mètres soit huit de plus ), je suis certain qu’on y aurait eu droit. On se « contentera » donc de notre Montalet. Il nous réserve quatre kilomètres d’ascension coupe -pattes au bout d’une petite trentaine de kilomètres et avant environ cent cinquante autres. Bonjour, la gestion de l’effort sur la journée!
J-3 ou-4. Par le plus grand des hasards, Xavier, Jacques et André se rendent à d’importants rendez vous professionnels vers Brassac ou Lacaune. Le chemin du retour les conduit forcément en reconnaissance motorisée sur les pentes du Montalet. Quel mérite !
Ils en reviennent impressionnés. « …Les deux premiers kilomètres sont vraiment infernaux et la route communale, assez étroite, gravillonne souvent…. Michel, t’as intérêt dès le début à « tout mettre à gauche » sur le petit plateau et le plus grand pignon… Faudra aussi qu’on fasse tous gaffe en descente… », précisent ces spécialistes des revêtements et autres enrobés routiers »…Ca promet.
J-1.Vendredi 2 juillet .Andrée rttise l’après midi et s’en va toulousonner en 206 avec Muriel. Mère et fille s’accordent facilement pour la chine .En fin de matinée, je sors le vélo de la voiture et le confie aux vigiles du Conseil général. Entre veilleurs, faut bien se rendre quelques services. Ils le surveilleront et l’ausculteront avec leurs copains, les chauffeurs à quatre roues.
On boit tous beaucoup d’eau durant toute la journée. L’heure du rassemblement pour le chargement des fourgons est fixée à 17 heures. Je retrouve André, Denis, Hervé, Bernard, Jacques, Xavier, Jean Marie, Walter, Francis Alain et quelques autres.
Tout se passe remarquablement. Le Président a certainement jeté un œil discret sur chaque détail. De robustes cartons d’emballage permettent d’enfourner les vélos dans les véhicules en toute sérénité. De nouveau, Andouard et Célestin ont du être mis à contribution.
Je retourne boucler ma revue de presse électronique POLLEN. Walter est d’accord pour venir me chercher à la maison demain à 5H25.
Il est temps de préparer le sac, les affaires de rechange, les barres énergétiques, le cardio et les deux paires de chaussures de marche et de pédalage. Et de dîner vers 20 heures de pâtes, de viande blanche et d’un verre symbolique de Gaillac.
Je me sens calme et déterminé. Confiant et heureux d’arriver au dernier objectif de notre saison d’avant l’été. Et ravi de repenser aux précédents, tous collectivement réussis.
L’hypothèse d’une crevaison me travaille un peu car je n’ai pas pris le temps de m’approvisionner en nouvelles chambres à air. Ni en pompe. Je m’imagine un instant devoir démonter le pneu arrière endommagé par des gravillons du Montalet .Devoir réclamer un matériel de rechange et créer la perturbation dans le déroulement de notre contre la montre . Tous les autres Ventousards entreprennent la montée après moi. Normal, l’ordre de départ se veut inversement proportionnel à l’ordre d’arrivée au Mont Chauve. Et nous ne sommes séparés que de 30 secondes !
Avant de m’endormir, je repense à deux faits récents sans réel rapport entre eux, hormis notre amour du vélo et de Tarn.
Hier,au Conseil Général, lors de la présentation aux élus des activités 2003 des services de l’Etat, le ( nouveau) Préfet s’est spectaculairement fait l’apôtre d’un Tarn économique et sociodémographique à considérer d’est en ouest. Il ne savait rien, bien sûr, de notre initiative du surlendemain exemplaire en la matière.
Quelques jours auparavant, l’Express a publié quelques extraits d’un livre sur Lance Amstrong –L A … Confidentiel- . Ses auteurs accréditent l’idée que le champion américain, guéri d’un cancer, a utilisé des produits dopants illicites. Le bouquin a connu une courte et intense campagne médiatico-marketing .Le Monde s’en est fait l’écho en première page. La Direction du Tour ne s’en est pas officiellement mêlée mais a invalidé avant le prologue l’inscription de deux coureurs européens intéressant actuellement « en relation » avec la justice de leur pays.
Diable Rouge prouve sa ponctualité et un soupçon d’anxiété en sonnant à la maison dix minutes environ avant l’heure précise du rendez vous, à 5H15. Debout depuis une demi heure, je suis quasiment prêt et n’oublie que les deux bidons en cours de rafraîchissement dans le frigo. Mes boissons minérales au goût de pamplemousse s’apprécient fraîches mais elles voyagent habituellement sur le vélo. Autant pour moi…
Dehors, malgré l’heure matinale, d’autres voisins s’affairent. Jean Paul et les siens s’engouffrent dans leur voiture au moment où je teste le siège avant du Scénic de Walter et Sylvie. Complices d’avant le lever du jour, on se sourit. Le reste du quartier dort.
Nous voici, Walter et moi, les premiers au Stadium. Denis et le mini bus ne tardent pas. Tous les autres copains arrivent en quelques minutes. André et Sylvain, le fils et étudiant prodige, nous rejoignent avec un des fourgons.
On se salue et on se compte .Les 24 prévus sont tous présents .Je reconnais aussitôt Guy, le technicien DDE mazamétain, Bernard notre complice permanent, ambassadeur luchonnais estimé et ses déjà 5000 kilomètres au compteur, Alain dit Linlin l’artisan et néanmoins beau frère de Walter, Francis l’enfant officiant de Crespoules , Jacques le marcheur-coureur-randonneur et co-poète de la voirie départementale, , Xavier l‘ex coach du rugby albigeois aux sourires charmeurs de p’tit frère amoureux des chocolatines.
On retrouve aussi Pierre, le directeur de quelques uns et le président de l’association sportive du CG, Michel F le nouveau retraité des bâtiments départementaux et nouveau vice président de la Fédération des Œuvres Laïques, Pascal le comptable ès qualités des deniers, pas des kilomètres en vélo, Bernard l’équipier attentif et Jean Pierre le tout nouveau retraité des ateliers du Cg.
Dans le groupe, personne n’imagine vraiment le nouveau statut de Jean Pïerre – malgré un récent pot officiel d’adieu- tant il a marqué pendant 30 ans et plus de son empreinte le fonctionnement quotidien de la « maison ». De toute manière, il a promis de venir rouler régulièrement avec nous et je lui ai offert un exemplaire de ma collection « radurienne » de vélos miniatures. Signe d’amitié et de respect, s’il en est.
On échange aussi de nouvelles bonnes poignées de main. Avec Jean Louis, l’homme qui dessine de fortes accélérations. Avec Hervé, autre membre fondateur du groupe et sportif modèle complice permanent de Denis, cacheur d’éraflures en Vaucluse. Avec Didier le duc de Chevreuse et avec son copain Dany, lui aussi valeureux Ventousard aux bronches parfois fragiles.
On salue aussi les copains chauffeurs bénévoles de notre périple, Thierry le photographe badmitonnien, Alain le footeux, René l’artiste et Charles le Téméraire. Ils seront d’une aide précieuse durant toute la journée. En principe, d’une année à l’autre tout chauffeur, selon notre jeune tradition, devient acteur et cyclo de la prochaine traversée.
Le compte est bon. Le groupe des Dix du Ventoux affiche complet et quatorze autres copains collègues se sont ralliés à l’initiative. On démarre.
Denis conduit le mini bus. Assis devant à ses côtés, Bernard et Hervé reconstituent le légendaire trio des routards Albi-Malaucène. Au hasard de la route, l’Ange Blanc nous avoue supporter difficilement la conduite automobile des autres. On ne s’en plaint pas car le capitaine de route manie le volant avec souplesse. Pour le moment.
Walter anime la conversation. Il nous apprend avec humour ses difficultés de renouvellement de passeport. Lui, fils d’Italien naturalisé et Carmausin de naissance, déjà naturellement titulaire de tous ses papiers d’identité, peine à se faire entendre de la Préfecture.
Ses parents ne sont plus de ce monde . Ils ne peuvent attester de documents peut être jamais sollicités lors de leur fuite du fascisme mussolinien pour la démocratie française de l’époque. «… Dis donc, Espérou, Espérouski, tu y comprends quelque chose, toi, à ces conneries. Me faire ça à moi qui suis doublement de ce pays et du Tarn? »…..
Xavier a l’âme plus gourmande. Il nous donne des nouvelles des deux chocolatines emportée avec lui. Notre copain ne s’aventure jamais en virée sans elles ou alors il oblige le groupe à s’arrêter devant une boulangerie. Son regard confiant exprime l’envie de ses chocogâteries d’enfance dont il maintient la tradition.
On évoque le prologue du Tour de cet après midi et nos propres états de forme. Depuis janvier, les compteurs ont finalement abondamment tourné. Le mien aussi. Au Ventoux, j’ai dépassé les 2000 kilomètres, aujourd’hui je dépasserai les 3000. A Sauzet, en août, je flirterai avec les 4000. Qui l’eut cru, il y a deux ans ?
Entre Albi et Alban, la pleine lune nous accompagne un moment. Sa rondeur joviale nous rend optimistes pour la journée. Pas un d’entre nous ne pense vraiment aux difficultés prochaines.
On se sent bien ensemble. On partage une grande bouteille d’eau . On enregistre les galéjades waltériennes. Leur auteur nous promet de lancer et de gagner tout au long de la journée quelques sprints décidés tout seul, « à l’insu de son plein gré ».Vous verrez bien ….nous avertit il, goguenard.
La descente en fourgon du col de Sié fait jaser les copains ayant accompli la Grande Albigeoise. Ils se retrouvent en terrain d’expérience. Denis m’interpelle pour que l‘année prochaine je choisisse à mon tour ce grand périple. Il y verrait, lui, une progression logique : petite Albigeoise la première année, moyenne la seconde, grande la troisième. Je souris. Qui ne dit mot contraire semble consentir…
On délaisse l’entrée vers Lacaune en empruntant la route de Moulin-Mage et de Murat sur Vèbre .Quelques potes découvrent cette région pour la première fois. Pour ma part, je repense à mes années Tourisme et aux amitiés ou relations d’estime nouées ici avec Pierre Fuziès, Claude Callas, Marcel Forgia et quelques autres dont Yvonne ex-Fuziès, Jean Paul Mialhe ou différemment Robert Pistre.
Je me remémore aussi la rando pédestre Lacaune-Vierge Blanche du Montalet-Lacaune accomplie il y a quelques années avec Claudie. Le soir, de retour à Saint Juery, en compagnie de nos conjoints respectifs, on s’était régalés d’une tarte aux myrtilles cueillies là haut.
7 heures ou presque. Denis opère une vibrante marche arrière pour garer le fourgon sur une des placettes de Murat. La boule de l’attelage fait concrètement connaissance avec le trottoir mais sa coquetterie ne laisse rien paraître de leur abrupte rencontre.
Les autres copains arrivent à leur tour et rangent leurs véhicules à côté du notre. L’expédition investit son camp de base. Chacun récupère son vélo, enfile casque et chaussures. Je récupère deux bidons prêt&e