Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Sortie du 7 mai 2005
Saint Lary - la Belle Hourquette Le 26 avril, en cette période de renouvellement papal et de congés laïcs, André, notre président, nous réserve une sacrée surprise. Il nous fait parvenir par messagerie interne une invitation pour une prochaine escapade cyclo pyrénéenne depuis Saint Lary et sa résidence du Vignemale . André a tout prévu. On reçoit un bristol électronique clair, fiable, sympa et généreux. On le parcourt avec l’envie de se laisser entraîner : La lettre aux copains
« Amis cyclo…
Le mois de mai débute par une semaine à pont (l’actualité récente pourrait la qualifier de pont …ificale).Si fumée blanche il doit y avoir cette semaine là, je vous propose de trouver les brumes sur les hauteurs d’Azet, d’Aspin ou d’Ancizan le samedi 7 mai.
Je vous invite à me rejoindre à Saint Lary vers 9 heures pour découvrir ou retrouver les petites routes de ces cols sauvages. Sur le même type d’organisation que la fameuse journée luchonnaise et laurifère 2004, le départ est prévu à 6H30 au stadium en tenue de grimpeur (arriver 20 à 30 minutes plutôt pour le chargement des vélos).
Deux heures 30 plus tard, vous serez au pied de ces cols. Après un échauffement en bordure de la Neste d’Aure, le franchissement du col d’Azet nous amènera en vallée du Louron où les manifestants anti THT (Très Haute Tension) ont fait reculer EDF et même Juppé.
Le Louron nous guidera jusqu’à Arreau (village le plus fréquenté par le Tour de France) où nous retrouverons la Neste d’Aure et le départ vers la Hourquette d’Ancizan. Descente vers Payolle au pied de l’Aspin, versant ouest de ce col. Pour rentrer, tous les participants graviront ce versant ouest assez facile (heureusement).
Du haut de l’Aspin à Saint Lary, 10 Kms de descente et autant de plat pour terminer….à moins que certains désirent voir les premières rampes du Pla d’Adet. Mais bien sûr, pourquoi se priver si les jambes en redemandent après 120 Kms et 2500 mètres de dénivelé !
Le retour en terre albigeoise se fera en fin de journée vers 18 heures ou plus…
Pour faciliter l’organisation, faites moi connaître votre envie de participer à cette sortie le plus rapidement possible. Vendredi 29, je pars en reconnaissance.
Pyrénéistement ».
André.
Comment résister à une telle invite ? Spontanément, le groupe des Ventousards 2004 se reconstitue, hormis Dany et Francis, indisponibles pour ce jour .Dommage ! On aurait aimé les avoir avec nous, ainsi que Didier, le Duc de Chevreuse et Mathieu le jeune footeux en mal d’adducteurs reposés!
Denis, Xavier, Walter, Hervé, Bernard, Alain et moi nous portons volontaires pour retrouver la Trémo-Dream-Team .Un cas d’espèce dans le milieu du vélo amateur. Une équipe familiale basée sur une solide et stimulante dualité .Trémo Père et Trémo Fils. André et Sylvain.
Le dernier nommé, jeune ingénieur stagiaire, a délaissé ses avions de Cazeaux pour accompagner ses parents en terre saint laryenne. Nous pédalerons ainsi en compagnie de deux générations masculines de la lignée des Trémolières. Bel exemple de complicité sportive, familiale et inter générationnelle !
La remorque présidentielle
Vous en connaissez beaucoup, vous, des Présidents , même élus démocratiquement et sans tricherie à plus de 80% des voix , qui se préoccupent eux-mêmes des conditions de voyage de leurs invités du week end ? Vous imaginez Chirac prendre le temps de s’intéresser aux modalités de transport des valises des membres de son équipe gouvernementale (ou de ce qu’il en reste !) pour un séminaire politique ou de détente de fin de semaine à Versailles ou à Brégançon ?
Nous, après l’avoir testé et adopté une première fois, on a décidé de réélire André à la présidence de notre association une bonne fois pour toutes, tant il apporte de sérénité, d’attention et d’esprit d’entreprendre au groupe. Et sa reconduction officielle d’année en année n’est qu’une formalité juridique anti - dérive associative. Il reprend d’ailleurs spontanément le programme qu’on aurait pu feindre de vouloir lui suggérer : garder et favoriser cet état d’esprit propice aux partages des ondes positives et des efforts sportifs. Tout est dans tout et…réciproquement.
Discrètement, il a conçu pour l’assemblée générale le diaporama Power Point du rapport d’activités 2004 retraçant nos objectifs , nos réalisations et nos projets .On était heureux de le visionner et de le dévoiler aux autres membres des sections sportives du Conseil Général . Badmintonniens, footeux et coureurs, à vos micros !
Re-discrètement, mais avec la complicité tout aussi modeste d’Alain, seul représentant dans notre groupe de la Première Entreprise de France (dixit la pub du Ministère de l’Artisanat), il vient de concevoir et d’installer un système ingénieux de fixation des vélos sur sa remorque automobile.
Cinq vélos y trônent facilement et confortablement. Roues de devant arrimées à côté des montures elles même solidement insérées entre de belles protections boisées. Le tout a de la gueule !
Notre seule contribution aura été de rechercher de vieilles roues afin d’en récupérer les axes et les systèmes de blocages. Walter et Xavier s’en sont enquis auprès de Célestin et de Philippe Andouard. J’ai sollicité sans succès criant le gérant de Chlorocycles. D’autres copains ont dû chercher ailleurs.
Hervé , avant d’ assurer le convoyage samedi 7 mai, a du fournir son numéro d’immatriculation pour peinture présidentielle de la plaque de la dite remorque. L’engin lui aura donc été fourni, prêt à l’emploi.
Vendredi, on dépose nos vélos chez Hervé et on se donne rendez vous au stadium le lendemain à 6H 15 .
On s’y retrouve comme convenu à cinq, Denis, Hervé, Walter, Alain et moi. Bernard et Xavier rejoignent directement Saint Lary depuis leur lieu de villégiature.
Les cinq vélos ont fière allure en remorque présidentielle de la Berlingo d’Hervé. Le trajet se déroule agréablement. Voiture et conduite nous tranquillisent. On tchatche de tout et de rien, confiants ou même, peut être insouciants envers le col d’Azet, la Hourquette d’Ancizan et le col d’Aspin. Serions nous plus ou moins atteints d’un des syndromes de l’après Ventoux ?
Le début de saison
Cette sortie imprévue constitue de fait le premier grand rendez vous de notre saison 2005 marquée par les futurs épisodes du Pic de Nore, du Pays Basque, de l’Albigeoise et de l’Autour du Tarn.
Depuis janvier, on a régulièrement roulé en fin de week end à six ou huit. A vitesse parfois soutenue – du moins pour moi- et kilométrage compris entre 80 et 110 bornes. Plus et mieux que l’année dernière. Lors de sa première apparition 2005, Denis , l’Ange Blanc, a remarqué nos progrès d’ensemble et s’est crû autorisé à nous le dire .Chacun a pris le compliment pour le groupe et pour lui..
Moi surtout malgré quelques kilos irrémédiablement superflus me permettant de spectaculaires descentes et d’agonisantes montées. Le tout agrémenté d’un irritant mal à l’arrière cuisse droite. Cette confrontation avec les petits maux des coureurs m’obligera à aller saluer Jacques Dell’Vedove , mon toubib déjà référent bien avant l’appellation douste blazienne.
Et patatras, le cher homme accorde une attention minimale à cette maudite cuisse. Il m’invite à renouveler les analyses de sang traqueuses de cholestérol, gamma GT et autres triglycérides. De ces petits trucs qui picotent les discussions sanitaires avec femme, fille ou mère ! L’histoire suit son cours. Tout comme l’irritation du « fessier royal » .
Xavier se débat parfois avec quelques crampes ou un méchant mal au dos. Francis compense ses heures d’auto installateur de cuisine par de sérieux fractionnés en home trainer. Walter , le Diable Rouge, sensibilise de plus en plus Sylvie l’impératrice au charme fou d’un vélo tout neuf en vitrine chez Célestin. « Tu comprends…pour mes 50 ans et nos 25 ans de mariage ! ».D’un sourire, on promet d’affirmer notre assentiment en toute circonstance.
Le tragique rejoint malheureusement l’un d’entre nous. On essaye de l’entourer de notre amitié lors du décès subit de son frère.
Le changement d’heure relance les sorties du mercredi pour plusieurs copains. Les différences de niveau s’approfondissent. Bernard et André peaufinent leur forme ascendante à l’air pyrénéen .Ca promet !
Cette année, on prend nos licences auprès de la Fédération Française de Cyclotourisme. On s’autorise aussi notre Dîner des Dames début avril en la nouvelle Auberge des Lauriers de Monestiés.
Bref, le temps passe . Nous voici donc , ce samedi 7 mai, 9 heures, arrivant à Saint Lary pour l’escalade du Vignemale 3 et de quelques cols locaux. J’officie comme navigateur. Malgré le plan présidentiel hyper précis du village, je nous oblige à un parcours inopiné des principales rues de la commune, notamment la Vincent Mir. Les portables justifient alors leur invention car André , à l’aide du sien, nous remet dans le bon chemin.
Le Vignemale et l’Azet
Facile, l’ascension de ce Vignemale 3 puisqu’il s’agit du nom de la résidence du Président et qu’il y loge en un coquet appartement au deuxième étage. Sympa le ravitaillement en café et chocolatines. Chaleureux et attentionné l’accueil de Françoise.
On débarque pacifiquement avec nos sacs , bidons et casques. L’ange Blanc ressort ses lunettes à la Chippo . Tous les copains choisissent de se vêtir en maillots courts et manchettes et en cuissards courts. J’ai l’air malin en ayant écouté la météo d’avoir opté exclusivement pour le cuissard long et la veste Crédit Agricole de mon pote Robert. La prochaine fois , je ferai suivre, moi aussi, toute la garde robe et me déciderai sur place.
On ressort les vélos de la remorque et après vérification de la pression des pneus de quelques uns, on s’apprête à quitter le village pour l’indispensable échauffement en Neste d’Aure.
Le groupe se dissocie rapidement en deux à l’occasion de très courts arrêts de réglage de compteur ou lors de bifurcations de giratoires. Rien de bien dramatique si ce n‘est que je me retrouve rapidement -et malgré moi -parmi les moins échauffés au pied des 1O Kms menant au col d’Azet , ses 1580 mètres et ses 7,5% de dénivelé moyen.
Les pur sang et les guerriers du groupe ne s’en ressentiront guère mais mon diésel si. J’écoute Bernard me conseillant de ne pas attendre l’ensemble des potes et d’entamer à mon rythme l’ascension. L’itinéraire démarre facile mais l’atteinte du village d’Azet demande de furieux coups de reins. Et la voirie locale gravillonne, m’apprend Sylvain.
Le diagnostic est exact. Azet -le village se mérite .Son nom viendrait d’ailleurs du nom gascon de l’âne . Longtemps, si l’on en croit les anciens et la légende, on ne pouvait y monter qu’à dos d’âne. Je tiens bon , galvanisé par la découverte à chaque lacet montant d’une nouvelle portion de paysage aérien. C’est beau et ça permet de se rendre compte du chemin parcouru. De s’étonner soi même et de se remotiver. Je repère un VTtiste préalablement doublé ( ce sera le seul de la journée ) dans les deux premiers kilomètres .Lui aussi s’accroche… mais la machine paraît lourde à manier.
A l’entrée du village , en face de quelques maisons aux toits d’ardoise, une jeune femme m’envoie une bouffée de cigarette tout en m’exprimant ses encouragements. J’apprécie et maugrée en silence.
Autour de l’église romane, un jeune père de famille , vraisemblable touriste en gite ou chalet, explique ostensiblement à son enfant l’inutilité de mon entreprise. Que Dieu pardonne ici à cet inique pèlerin , tout comme y auraient certainement consenti d’authentiques résidentes permanentes d’ Azet : les Petites Sœurs de l’Evangile de Charles de Foucault.
Un autre badaud fait preuve d’imagination débordante en m’interpellant d’un compatissant « … Ca monte , hein ! » . Juste parole. L’après Azet s’avère lui aussi abrupt. Notre dialogue s’achève. Ce brave sexagénaire s’écarte. Peut être prend il le chemin de la célèbre ferme auberge de la Bergerie. En tout cas, il semble saliver d’avance à l’idée de sa garbure royale ou de son lapin eu miel.
Calé sur le petit plateau, je poursuis l’effort tout en me demandant quand les copains vont me rattraper et me dépasser. Fermetures éclair de la veste et du maillot grand’ ouvertes, je maîtrise maladroitement ma respiration malgré l’apport régulier de gorgées d’eau énergétique.
En fait , je cherche à maintenir l’effort sans dépasser mon seuil cardiaque tout en voulant en « garder un peu » sous la pédale en prévision des autres sommets de la journée. Situation difficile mais pas insurmontable. Et engagement moral régulier auprès de ma chère mère, lectrice non pratiquante de mes quelques chroniques vélocipédiques.
Deux kilomètres avant le sommet, Denis et un gars portant beau un maillot d’Air Bus reviennent sur moi. L’Ange Blanc le laisse partir pour mieux me prendre sous ses ailes . Nous en terminons assez proches l’un de l’autre. « ...Vas y , Denis, monte à ton rythme… Non, Michel , on va se le faire ensemble. C’est beau et ça nous fera un souvenir ». Je savoure son attitude comme un cadeau.
On prend le temps de récupérer à l’arrivée tout en regardant le paysage et en discutant avec Monsieur Air Bus. Habitué des cimes, il semble « facile » et serein. On se donne rendez vous pour l’Albigeoise du 5 juin car, c’est promis, il en sera . Il nous reconnaîtra au maillot du Conseil Général.
Les copains arrivent progressivement les uns après les autres ou en duo. Le Président semble avoir effectué une montée époustouflante. Parti le dernier, il réalise un temps qu’on juge ,à priori ,très flatteur .
On descend raisonnablement en file indienne vers la vallée du Louron. Avides de contempler les montagnes partiellement enneigées et d’observer goulûment le bleu du ciel et les vols planants de quelques parapenteurs . On les devine légers ces hommes de l’air et heureux de l’être. En accord avec leur machine, tout comme nous . On découvre progressivement le lac de Génos-Loudenvielle.
On repense tous certainement aussi aux coureurs du Tour ayant franchi le col d’Azet. Peu importe dans quel sens sens. En ce moment, nous pédalons sur la même route.
Marco Pantani s’y est illustré en 1997 en remportant l’étape Pau-Loudenvielle-Vallée du Louron et Fernando Escarlin en 1999 .Le Mazamétain Laurent Jalabert a gagné au Pla d’Adet en 2001 lors de l’étape Foix-Saint Lary-Soulan .
On ignore encore que le 17 juillet prochain ce sera le tour d’Hincapie devant Pereiro à 6 secondes à l’occasion de l’étape Lezat-sur-Lèze-Saint –Laty-Soulan.206 kms à 33,7km/h. Au programme, le col du Portet-d’Aspet,le col de Menté, le col de Peytrsourde, celui de Val-Louron-Azet ( en sens inverse de nos exploits) puis l’infernal Plat d’Adet.
Petite pause à Génos devant la mairie et sa source. Rando classique , cyclo plus que touristique, vers Arreau , le confluent des Nestes d’Aure et de Louron.
Vallée de Louron. On traverse vraisemblablement Adervielle, Pouchergues, Vielle Louron, Avajan avant de bifurquer un peu avant Bordères –Louron en direction d’Ancizan.
Bien souvent André et Sylvain ouvrent la route. Hervé , Xavier, Bernard et Alain suivent. Je roule sagement en fin de peloton , loin de mes habituelles et passagères excentricités sur les quelques petites routes tarno–tarnaises légèrement descendantes. Ces fameux « faux plats » ascendants ou descendants selon les cas constituent une des expressions favorites d’Alain. Il nous les annonce souvent avec un sourire malicieux , surtout les ascendants dont, sa morphologie aidant, il ne fait souvent qu’une bouchée.
En appliquant la célèbre maxime « l’art du vélo, c’est l’art de se planquer » je m’imagine naïvement pouvoir reconstituer une part de l’énergie brûlée autour d’Azet. Les jambes me donnent l’impression de répondre correctement sur le plat. L’analyse semble de bonne augure. Habemus magnum moralem !
On roule « correct » . Je me souviens, par endroits, des couleurs vert- bleu - blanc de l’écume de la Neste , du bon état des maisons et bâtiments traditionnels et des sourires de satisfaction de quelques pêcheurs échappés de leur Haute Garonne .
On conserve de cette traversée partielle des Nestes du Louron et d’Aure une impression fugitive de régions écrins aux petites communes apparemment bien conservées . On devine en même temps quelques empreintes d’un passé économique florissant en des secteurs d’activités aujourd’hui mondialisés.
La découverte de quelques panneaux anti Ligne à Très Haute Tension mettant en garde les élus du Louron contre toute cachotterie ou autoritarisme renforce ce sentiment de zône protégée et désireuse de le rester durablement.
Je pense à mon cher Lot et au même combat gagnant des Quercynois de Montcuq et Sauzet. contre le projet EDF de Ligne à Très Haute Tension.
La hourquette et l’Aspin
On traverse Ancizan sans attention particulière pour son riche passé lainier, du 16 éme au 19 ème siècle. Tant pis pour ses anciennes demeures aux portes et linteaux sculptés et millésimés. Tant pis pour quelques fenêtres à meneaux. Sus à la Hourquette !
La Hourquette d’Ancizan. André est resté discret –avant qu’on ne la découvre- sur ses caractéristiques. Devait bien y avoir quelques raisons à ce mutisme mailé et vocal . Peut être a-t-il aussi été conseillé à Saint Lary par quelque responsable de l’accueil touristique et sportif .Tous deux nous ont voulu choisir un itinéraire qui restera gravé dans nos mémoires. Ils y sont largement parvenus. La preuve.
Malgré Google, Voilà et Internet, je n’ai pas su trouver à l’avance beaucoup de données concernant la Hourquette . Et rien sur l’origine du nom et sur ses pourcentages. Une info aurait dû m’alerter quand même. En 2004, cette bien nommée Hourquette a marqué les temps forts de la dernière étape de la Route du Sud , entre Montrejeau et Loudenvielle. Thomas Woekler, avant de gagner , y a décroché Cédric Hervé. Excusez du peu !
A mon tour de procéder à un aveu. Je suis incapable de relater l’ascension de la Hourquette par le groupe. Dès les premiers hectomètres de la montée je lâche prise. Irrémédiablement. Les potes, je ne les reverrai pas de sitôt.
J’en prends le parti en me proposant d’assumer l’épreuve à mon rythme , tout comme -il y a maintenant-364 jours au Ventoux. Ici, l’exercice concerne un parcours de plus de 10 Kms et un dénivelé de 859 mètres, de 705 à 1564 très exactement.
Désagrément majeur, aucun panneau ne renseigne à chaque kilomètre sur le pourcentage à avaler. Cette première fois demande donc une gestion sans la moindre erreur d’appréciation et une faculté de récupération constante.
J’en demeure très éloigné. Trop éloigné. Prisonnier d’un jour « sans » ou tout au moins d’un mauvais dosage des efforts la première heure et de quelques douleurs diversement contrariantes. Le mal en cuisse implique notamment une position déséquilibrée et gaspivore d’énergie. Le cuissard long et la veste Crédit Agricole de Robert alourdissent tous mes mouvements .
La chaleur s’en mêle fortement au point de m’obliger un peu plus tard à poser pied à terre pour décoller le maillot du corps et insérer entre eux les bretelles du cuissard aussi long qu’enserrant. Cette première halte en appelle d’autant plus d’autres que je tente de maîtriser ma respiration avec un cardio en panne d’affichage. J’en ai pourtant changé les piles il y a deux jours mais ai pêché par excès de confiance en oubliant de tester l’ensemble.
Qui a parlé du syndrome de l’après Ventoux ?
Je conserve de cette ascension–galère le souvenir des encouragements d’une femme cycliste me doublant alors que j’étais arrêté vers le sixième kilomètre . Elle roule avec une régularité déconcertante de facilité. Les copains discuteront un peu avec elle au sommet .Elle leur explique , d’un sourire malicieux, mon état tel qu’il lui est apparu. » ..Le Crédit agricole, il est loin et mal en point, il en a encore pour un sacré moment avant de vous rejoindre »…Elle dit juste. Je me bats plusieurs fois avec des idées de renoncement à la vue d’interminables nouveaux tronçons de côte. Et mon dépit s’accentue à chaque coup d’œil sur mon compteur affichant une vitesse de 6 kms à l’heure.
Le triple plateau et la pratique du ( presque) tout à gauche ne me permettent pas , semble t’il, de faire mieux. Mais pourquoi est ce que j’hésite tant à monter en danseuse ? Est-ce par crainte de « me mettre dans le rouge ? ». Il me faut vraiment travailler cette technique si je veux réussir notre périple en Pays Basque. Sinon…
La neige, l’humidité, la forêt , l’ ombre , l’envie de découvrir cette belle Hourquette et le désir de remplir l’objectif entamé en groupe et atteint par la plupart me donnent la force de réappuyer sur les pédales. Je finirais bien par y arriver. Et oui !
Je revois aussi une femme automobiliste venue piquer à coups de pelletées quelques blocs de neige en bord de route. Elle ne pipe pas un mot devant ma surprise de la découvrir à l’œuvre.
Je me souviens enfin de ce couple camping cariste me doublant paisiblement plusieurs fois car il s’arrête systématiquement à chaque point de vue. Puis de Xavier redescendant sans avoir atteint totalement le sommet pour cause de mal au dos et de crampes.
Meurtri et pragmatique, l’ex coach des cadets du XV albigeois m’explique son état .Il m’avertit aussi de la descente des copains vers Payolle en prévision de l’Aspin .
Il me propose enfin de m’attendre pour qu’on rejoigne ensemble Ancizan et , peut être, Arreau afin d’aller à la rencontre du groupe en roulant un peu à l’envers sur la route de l’Aspin. Si ses douleurs s’estompent .
Sacrée équipe, Denis m’a accompagné pour la fin de la montée d’Azet et Xavier m’attend pour la descente sur Ancizan.
Je souris malgré moi en pensant aux cagots d’Arreau, ces individus de petite taille aux pieds et mains palmés que la légende médiévale a relégués hors du village et transformés en hommes des forêts, bûcherons et charpentiers. Ils rentraient dans les églises par une porte basse qui leur était spécialement dédiée.
C’est simplement en haut de la Hourquette que je m’accorde une récompense méritée : le temps de prendre le temps d’emplir les yeux du panorama naturel. Même sans connaître ou reconnaître le Pic du Midi ou tel ou tel autre sommet, je ressens comme tout visiteur une émotion réelle devant tant de beau, de grand et d’indestructible. Toutes les douleurs de la montée s’estompent . Je me sens , un instant, d’une totale sérénité .Habemus la Belle Hourquette !
Revigoré, je rejoins Xav et nous descendons de concert en prenant soin et plaisir de nous arrêter plusieurs fois pour mieux nous enivrer de ce paysage. Mine de rien et rétrospectivement, on réalise aussi l’intensité de l’effort accompli pour monter
Et les autres copains ? C’est clair et déjà avoué. Je ne saurais témoigner directement de leurs exploits ni sur la hourquette ni sur l’Aspin. Mais , « de source présidentielle bien tournée » j’apprends ultérieurement quelques savoureux échos.
Radio Hourquette
« …Depuis la vallée d’Aure et le village de Guchen, les 9 prennent la route de la Hourquette d’Ancizan : 10,4 kms d’ascension à 8% de dénivelé moyen.
Le duo Hervé-Alain s’échappe dès le début. Mano à mano jusqu’aux derniers kilomètres. Avantage ultime au « centbornards » sur l’artisan frigoriste paradoxalement en froid , semble t’il , avec un névé de bord de route.
Suit , grimpant à son train, le trio Bernard, Denis et André. Puis l’ex couple du baldaquin de Malaucène, Walter et Xavier. Tous deux gèrent avec application leur effort. Sylvain les accompagne discrètement et momentanément avant de rejoindre un Denis aujourd’hui à court de forme, exceptionnellement lâché par ses deux compagnons.
Trémo fils rejoint Trémo père et Bernard. Il imprime un faux rythme fatal à son paternel. Bernard s’accroche mais laisse filer Sylvain 200 mètres avant l’arrivée. Surprise, le solide bibliothècaire se fait aussi finalement coiffer sur la ligne par le véloce spécialiste des voiries. Le Trémo –Dream-Team reste maîtresse de la situation .
Image choc du prochain arrivant au sommet de la Hourquette. Denis grimace, « proche de la détresse et des crampes ». Il se laisse tomber sur cette herbe de montagne, encore recouverte de neige il y a peu. Selon Walter, qui le suivait à quelques hectomètres, l’Ange Blanc a vécu un cauchemar.
Il s’est fait rejoindre à mi pente par le Diable Rouge et Xavier. Lucifer, tout à sa joie, croit avoir enfin réaliser son rêve. Mais l’Ange Blanc sait combien le paradis se gagne …sur terre. Il serre les dents et s’accroche à ce couple diabolique. Il retrouve petit à petit des embryons d’ailerons qui lui permettront de se libérer de cette maléfique compagnie »…..
Le groupe des 7 quitte la Hourquette pour Payolle. 8 kilomètres de descente entrecoupés d’une terrifique montée de 500 mètres. Un sacré coupe jambes auquel Bernard résiste difficilement . Les copains ralentissent l’allure . Bernard réintègre le groupe durant la descente.