Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Oiseaux nocturnes
et dîner à l’axoa de Baïgorry

Ce 6 juin, vers 15 heures, au moment d’aller déjeuner au restaurant de l’Ecole des Mines d’Albi, chacun s’avoue assez content. L’Albigeoise – notre rituelle rando tarnaise de début juin en compagnie de quelque 1180 autres amateurs - s’est à peu près bien déroulée pour chacun d’entre nous. Hervé, Denis, André, Bernard, Dany, Didier, Walter, Francis, Xavier, Alain, Pascal et moi.
Hervé, en super forme, est arrivé au terminus de l’Ecole avec près de dix minutes d’avance sur ses acolytes. Denis savoure le plaisir d’avoir guidé les efforts des cyclos les plus costauds du Conseil Général .Ensemble, « ils ont montré les maillots verts » sur leur parcours de 149 kilomètres .Il regrette cette année aussi le peu de coopération d’autres coureurs isolés ou bien peu organisés.
J’ai fait la route avec Pascal sur le parcours de 109 kilomètres. Après l’avoir reconnu ensemble la semaine précédente. Notre moyenne (23 km/h) dénote une large progression par rapport à l’année dernière. Même en soustrayant les longues minutes imposées par la légendaire crevaison du Diable Rouge à Teillet de 2004. Bien entendu, Alain, Francis et Walter nous ont de nouveau précédés.

L’Albigeoise alimente cependant moins nos conversations de table que le prochain périple au Pays Basque du 25 juin et le nouveau pari d’Hervé, de Bernard, de Denis et d’André.
Apprendre leur décision de rejoindre le gîte rural de Saint Etienne de Baîgorry – base de notre campagne Euskadi 2005- en vélo depuis Albi ne nous a pas réellement surpris. « Le trio récidive son exploit de l’année précédente vers Malaucène et il en a convaincu l’affûté André » avons-nous pensé.
On a été et on reste bluffés par leur envie de jouer aux oiseaux nocturnes en prévoyant d’accomplir leur périple de nuit et sans étape. Mais oui ! Leur dernière trouvaille implique quasiment 20 heures de selle en vélo, entre 18 heures et 14 heures, et environ 400 kilomètres de pédalées .
Ils ont préparé avec sérieux leur affaire. Roulant souvent et de plus en plus longtemps .Ils viennent ainsi d’arpenter une bonne partie de la Vallée du Tarn, d’Albi aux environs de Millau. Aller retour.
Ils ont aussi repéré sur les logiciels cartographiques l’ensemble de l’itinéraire envisagé et les petites routes les plus opportunes. Convainquant de plus un copain collègue Thierry –surnommé, allez savoir pourquoi le Labrador- de les assister en voiture suiveuse. Le véhicule comportera gyrophare opérationnel, glacière de ravitaillement et pancarte très lisible sur la vitre arrière mentionnant un salutaire et rigolo DANGER CYCLISTES.

Eux-mêmes ont prévu de s’équiper de gilets aux bandes fluorescentes. L’un portera une lampe frontale. Les autres préfèrent s’en passer et rester protégés par leur casque. Tous rouleront en portant le maillot du Conseil Général et de son association sportive. «.. Quatre petits hommes verts …on the road again »…
Mercredi 22 juin. Je passe mon après midi à Toulouse, en réunion au Conseil Régional. Assis en « bonne et digne compagnie » à phosphorer sur les conséquences de la loi Informatique et Libertés individuelles .Bien loin du monde du vélo et des tout derniers préparatifs des copains. Des « au revoir ! » de leur femme et de quelques complices regroupés sur les marches du Conseil Général. De la chaussée des Lices Pompidou bloquée quelques secondes pour leur lancée…un peu avant 18 heures.
J’écoute avec attention notre discussion régionale .La Commission Nationale Informatique et Libertés tente courageusement de préserver des espaces de réflexion sur ces questions importantes. Elle propose aux collectivités territoriales d’instaurer d’inédits correspondants médiateurs. A eux d’anticiper dans leur institution sur d’éventuelles dérives technologiques sécuritaires dans la gestion de fichiers publics nourris de données personnelles .
Nous montrerons nous, en Midi Pyrénées, pionniers et innovateurs en ce domaine ? On y pense un moment. Soudain, mon plus proche voisin et directeur des services du CG apprend par SMS qu’une explosion –bruyante mais sans victime- vient d’avoir lieu sur le parking Casino jouxtant notre Conseil Général . Il rejoint instamment et calmement Albi.
Fin de réunion générale un long moment après. Sans réelle conclusion si ce n’est le plaisir de quelques retrouvailles professionnelles avec, notamment, Alain D. L’ex Tarnais, actuel DGA des services du Conseil Régional écope – volontairement- d’un abonnement à Pollen, ma revue de presse électronique quotidienne.
Je regagne le Tarn en snobant volontairement l’autoroute A 68 à hauteur de Couffouleux. Et pour cause.
Si tout va bien, je devrais croiser les quatre oiseaux nocturnes …bien avant la nuit, aux environs de Gaillac .Sur leur route, sur notre habituel RD 18. On se l’est promis .Dès Rabastens, je m’engage à leur rencontre. Excité comme un gamin.
Je guette chaque virage et écarquille les yeux dès qu’apparaît une silhouette de cyclo. Et il y en a des types qui se dégourdissent les jambes à vélo sur ce chemin de traverse !
Cette fois ci, ce sont eux. J’en suis certain. Les quatre lointains points verts se transforment progressivement en quatre sages pédaleurs rangés et déterminés. Je klaxonne pour les avertir , zigzague, roule un peu au milieu de la route, puis joue avec les phares. Et l’on se croise.
Je leur déverse quelques tombereaux d’encouragements. Ou plutôt de complicité et de confiance. Comme si ce qu’ils allaient réaliser était aussi une part de nous même . Ils me répondent à tour de rôle. Mais je vois surtout leur sourire. De gigantesques sourires francs, sains et contagieux .
Si, un jour, on me demande d’illustrer ma définition d’un moment de bien être entre quelques bonhommes, je repenserai notamment aux visages d’André, de Denis, d’Hervé et de Bernard à cet instant là. Les quatre futurs oiseaux nocturnes rayonnaient de joie, d’espoir et de motivation. Au bout d’une heure de mise en route…et avant tout le reste. Aucun signe d’anxiété, que du bien être !
J’ai aussi vu furtivement dans les yeux d’André la joie et la fierté d’un quinqua -souvent sage mais toujours dynamique - prêt à réaliser un rêve sportif un peu fou mais terriblement voulu. Et donc préparé avec la même application que celle dont il fait preuve au boulot. C’est dire ! Et j’ai naturellement compris qu’il y arriverait.
Idem pour « les deux bibliothécaires » comme a dit une fois l’un d’entre nous en parlant de Bernard et d’Hervé.
Le reste de leur équipée Albi-Saint Etienne de Baïgorry, eux seuls peuvent le raconter. Et les photos en témoigner.

Outre l’effort physique, la légende retiendra la sagesse de Denis intégrant la voiture de Thierry le Labrador vers 2H du matin. Elle retiendra aussi les principales impressions révélées par nos oiseaux nocturnes : le bon goût du pain d’épices de Suzon, une des filles de Denis, les aboiements des chiens de tout pedigree, les senteurs rurales et urbaines, le « martyre » des 20 derniers kilomètres. « …Plus on approchait et plus c’était dur …faux plats, longue ligne droite…on n’en voyait jamais la fin »…
Et nous, ce jeudi après midi 23 Juin, depuis le bureau, on leur a téléphoné à ce moment là.
La légende propagera surtout « l’épilogue du compte rond ». En arrivant à proximité du gîte de Saint Etienne de Baïgorry, le trio s’enquiert du kilométrage parcouru .Les compteurs affichent 385 kilomètres. Seulement !
Et les trois copains de s’en aller volontairement pédaler 15 kilomètres de plus…pour qu’apparaisse le chiffre rond de 400.Les photos témoignent à la fois du résultat et de leur soulagement et fierté en descendant de machine.

Voilà, ils sont arrivés. Xav fait passer la nouvelle. J’appelle un peu plus tard les « trois femmes de champions » naturellement déjà au parfum car les portables des maris ont vite fonctionné. Je les sens soulagées et contentes .Leurs hommes disposent maintenant de 24 heures pour récupérer.
Le reste de la troupe – Pascal, Didier, Walter, Xavier, Didier, Dany et moi- se doit maintenant de rejoindre en voiture ses avant –coureurs. Nous quittons Albi, vendredi après midi 24 Juin, en deux fourgons. Et une déception : Linlin l’artisan ne sera pas de la partie.
Raison médicale et cas de force majeure. Alain soigne une vilaine piqûre d’araignée du Vergnet, subie une semaine avant , lors des festivités du mariage d‘Alexandrie. Le syndrome des voyages contrariés chez les Stradiotto et famille a encore frappé. Quel dommage !
Le déplacement s’avère impeccable. On retrouve Denis et Thierry en avant-garde à Saint Jean Pied de Port. Histoire de se laisser guider jusqu’au gîte de Saint Etienne et de procéder aux derniers achats pour le dîner : pain et melons.
On prend possession à notre tour du gîte. C’est une simple et grande bâtisse rurale sagement rénovée, comme d’autres maisons et fermes de ce quartier d’avant bourg. Tendance années 90 : respect architectural, fonctionnalité de services et conformité aux critères des futur ex subventions européennes moyen de gamme. J’en remarque les volets peints en rouge, les buffets, tables et lits traditionnels, les 2 salles de bain récentes, les lave linge et lave vaisselle prêts au service.

On salue fraternellement Bernard et Hervé. Tapes appuyées sur l’épaule. La conversation prend forme. On s’accoude sur le balcon en bois du premier étage, côté jardin, pour recueillir quelques échos sur leur journée de récupération et leur nouvelle vie basque. André nous rejoint à la sortie d’une sieste présidentielle réparatrice.

L’apéro au muscat sur une grande table de bois en extérieur scelle les retrouvailles générales. La nichée piaille de contentement. Et le dîner conçu par l’Ange Blanc se veut une première initiation au Pays Basque.

Après les melons de Nérac (Lot et Garonne) et le jambon, on déguste, sans inquiétude pour le lendemain, un succulent axoa. Autrement dit, un succulent émincé de veau au piment d’Espelette. J’en connais qui se font servir et resservir. Fromage de brebis, confiture de cerises noires et Irouléguy de différents producteurs parachèvent notre éducation à la bonne cuisine basque.
On se couche raisonnablement après quelques ultimes consultations des cartes et dénivelés moyens de notre itinéraire du lendemain. Le réveil est consensuellement fixé à 7H15.