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Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...

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Beille de jour....(28 avril 2006) VERSION COMPLETE

(VERSION A PRIORI COMPLETE ALORS QUE

LA PRECEDENTE NE L'ETAIT PAS!)

Beille de jour, 

plateau de stars et… fin de chaîne asséchée…

 

On en avait parlé en réunion de début d’année, lorsque les stars ont officialisé leur projet de transpyrénéenne de fin juin. « … Et si,  avant cet évènement, dans le cadre ou non de sa préparation, on partait quelques fois  à la journée « accrocher » des montées pyrénéennes parmi les plus notoires ? Type Tourmalet, Aubisque, Soulor,  plateau de Beille »...  

 

On le ferait ensemble. Chacun à sa manière. Et à son rythme. Tous avec la joie ou la fierté souriante de rouler sur des routes liées à la légende du Tour de France. En souvenir aussi  de tel ou tel coureur qui nous aurait marqué. J’aurais aimé penser au  Marco Pantani  de 1998 surgissant du brouillard, bandanas et  esgourdes à tout  vent en haut de Beille. A lui, plus qu’à Amstrong vainqueur en 2002 et 2004.

 

A l’époque, avec mon pote Robert on s’était déplacés d’Albi  pour cette arrivée d’étape. On avait  admiré le Corsaire sans deviner ses futures et extrêmes déchéances   ..Tchao pantin, toi qui  pédales maintenant au ciel !

L’idée de ces ascensions de légende a été reprise .Me voici, ce vendredi 28 avril en fin d’après midi, chez Dany en compagnie de Didier et Walter entrain de regrouper les vélos qui partiront avec nous demain, dans la remorque prêtée par le Cyclo Rando Albigeois. Direction Tarascon sur Ariège pour un périple se terminant au plateau de Beille.

 

 Dany « l’électro chevronné du temps des splendeurs minières » teste les clignotants .Il découvre que  le clignotant arrière droit de sa voiture communique pour l’instant avec le clignotant…gauche de la remorque du club. On lui délègue tous les pouvoirs pour remédier à cette anomalie des plus désorientantes pour les conducteurs qui nous suivront demain.

 

 En me ramenant chez moi, el fanfaronissimo – parfois aussi surnommé Timex tant il prend toutes les précautions pour  être toujours à l’heure  au moindre rendez vous - m’explique que son sac de sport est déjà prêt depuis midi. Les sandwichs sont préparés. Le  petit déjeuner quasiment.

 

 Je souris…moi qui n’ai encore rien fait ni rendu visite à mon vélo entre  lundi et cet après midi pour son chargement. Ah, je ne le sais pas à ce moment, mais ces négligences me coûteront cher bientôt !

 

 Le groupe compte finalement  dix copains pour ce périple ariégeois. Dany, Didier, Walter et moi en une voiture, Hervé, Denis, Alain, Jean Marc, Thierry (le copain policier toulousain d’Hervé) en une seconde. Bernard le Luchonnais nous rejoindra à Tarascon.

 

 Nous nous autogérerons  car le Président s’est volontairement exilé  en vacances  en sa résidence du Vignemale. Sylvain et son paternel s’amusent vraisemblablement à Saint Lary à tester des itinéraires se terminant obligatoirement par la portion Saint Lary-Pla d’Adet afin de nous y accueillir samedi prochain en pleine connaissance...du terrain. En séjour familial,  Xavier R s’entraîne sur quelques bords méditerranéens tout en assumant avec joie et brio – nous en sommes persuadés- ses statuts de mari et de papa.

 

 Vendredi soir. Dîner de famille.  Xavier (Doumerc) et  Muriel éponyme ont momentanément quitté Paris et Toulouse et nous honorent simultanément de leur présence filiale. On discute d’un peu de tout. Ethique du foot, concours IUFM, sortie vélo notamment.

 

 Episode cadeaux. Mum me donne un livre de recettes faciles à réaliser toutes à l’huile d’olive. Histoire d’atténuer cholestérol et gamma GT. J’apprécie. Xav, en sa qualité de chef de projets de Basile Boli offre à son père le nouveau polo du Stade Français. Je l’inaugurerai demain, après Beille.

 

 Episode repas, façon Andrée.  Magret et pleurotes, c’est vrai  mais, du moins pour moi,  pâtes en accompagnement .Deux verres de Cahors…et de l’eau.

 

 Xavier, se présentant cette fois comme ex footeux de l’US Albi et   maintenant spécialiste confirmé  des tribunes des grands stades, prend soin de moi. M’ayant vu mettre à la bouche un gentil morceau de pain regorgeant du jus du magret de canard, il prophétise que je paierai demain cette gourmandise au centuple. Aussitôt, je recrache à grand bruit le morceau dans l’assiette et le quatuor familial éclate de rire. Un bon et long moment .C’est ça aussi…le sport !

 

 Samedi. 4H55. Lever discret, douche, café, petit déj. Fermeture du sac. Tant pis pour les lunettes, le bandeau et les sandwichs manquants. On compensera avec des barres céréalières. Nouvelle erreur.

 

 Je relis rapidement les documents trouvés sur le site du tourisme ariégeois en sa rubrique sports de pleine nature et vélo. Parmi les 10 itinéraires mis en valeur, figure celui qui nous servira tout à l’heure de hors d’œuvre …avant le Plateau de Beille.

 

 Il s’agit d’une boucle de 75 kilomètres et 960 mètres de dénivelé positif autour de Tarascon, « longue et montagneuse au cœur des Pyrénées ariégeoises, comme le dit le site internet approprié.».

 

 Tarascon, Bédeilhac, Saurat, Prat Communal et sa montée vers le col de Port, soit 13 kilomètres à 4,9%.Descente vers la vallée de l’Arac par le col des Caougnous et arrivée sur Massat .Remontée de la vallée jusqu’à  l’étang de Lers, petite pause de récupération et nouveau coup de collier  vers le Port de Lers. L’ensemble de cette montée atteint les 16, 6 kilomètres  et un pourcentage moyen de 5,2%. Récompense paysagère avec la vue sur le Massif des Trois Seigneurs et la vallée de Vicdessos.

 

 Descente « costaud à négocier avec prudence  par une route égayée de cascades au travers de la forêt domaniale de Suc et Sentenac vers Vicdessos »…Retour sur Tarascon via Niaux et sa grotte.

 

 Les copains organisateurs ont rajouté à cette boucle une jonction Tarascon – Les Cabannes évitant la grand route N20 et ses 11 kilomètres menant vers Ax les Thermes et le Pas de la Case .Ils pensent à tout !

 

 Des Cabannes, le plateau de Beille se mérite après 15,8 kilomètres à 7,9% de moyenne. Bref, le programme global de Beille de jour se résume à deux chiffres : environ 120 Kilomètres dont 46 de montagne. 

 

 Pas pour tout le monde. Denis a prévu pour la cohésion d’ensemble une option supplémentaire spécial pro. Elle arrange tout le monde : les voitures seront garées par les costauds en fin de descente de Beille sur la grand place des Cabannes .Du coup, nos potes partiront sur l’itinéraire commun après 15 bornes de plus en voiture et quasiment autant en voiture. De quoi nous retrouver pour le dernier rendez vous : Beille de jour et ses plaisirs. Sans cinéma, ni Deneuve, ni Piccoli, ni Bunuel…

 

 5H50. Dany et Walter me récupèrent. On retrouve ensuite Didier et les vélos chargés en remorque devant chez lui, après une nuit sereine dans son garage. . C’est maintenant parti pour Tarascon.

 

 Dany et Walter parlent roupelles et… autres souvenirs de la mine. Didier me raconte ses dernières sorties avec le RCA. Il a roulé récemment avec Bernard G  avec lequel j’ai partagé quelques bons moments de Pâques en Quercy. Il m’avoue aussi son plaisir habituel du lundi soir à feuilleter le blog Vélossimo pour lire et sourire au récit des balades du samedi. Merci à toi, Duc de Chevreuse !!

 

 Voyage en berline  sans problème. Les autres copains nous rejoignent à Tarascon. Grand rendez vous de la spéléologie scientifique pour certains et premier camp de base de notre périple du jour. Bernard renouvelle sa tradition d’accueil pains aux raisins.

 

 Sur le parking, quelques jeunes Tarasconnais fument et s’attendent les uns les autres avant de partir vraisemblablement vers leur bahut. Nos agissements et accoutrements les indiffèrent totalement.   Même le soulagement de la vessie d’un  d’entre nous sur la barrière métallique ne les fait pas ciller.

 

 En regonflant mon pneu avant avec la super pompe à pied d’Hervé, je remarque sous la  barrière l’ inscription « non au ours ».Un peu cachée, écrite à la va vite et orthographiée telle que. On en verra trois ou quatre autres durant la journée. Avant d’apprendre plus tard que du côté de Massat, les éleveurs hostiles aux réintroductions restent sur le qui vive.

 

 On parle un peu tenue. La plupart ont choisi le cuissard corsaire et les gants courts. Pas moi, qui parais plutôt déguisé en missionnaire d’un corps expéditionnaire bizarrement sponsorisé par le Crédit Agricole. Y’a encore une éducation cyclo à compléter !

 

 Denis fait l’inventaire de mon «  sac à dos de parachutiste » et m’en fais retirer toute une série de  choses pas forcément indispensables à cette rando vélo : le portefeuille, un second maillot, un second cuissard,  une seconde paire de gants d’hiver, une pompe, une monture de lunettes sans verre. Il n’y trouve pas de trousse à pharmacie car...il n’y en a pas.

 

 Bref, L’ange Blanc m’allège ou tente de le faire. Mais je n’atteindrai jamais son perfectionnisme, lui qui économise le nombre de sandwiches à emporter afin de favoriser ses marches célestes.

 

 Dany et Didier ont spécialement  équipé leur  vélo pour cette sortie longue durée : sacoche au guidon pour l’un, garde boue et porte sac arrière pour le second.

 

 Je fanfaronne en exhibant mon vélo tout propre car nettoyé à Sauzet à l’eau et au white spirit avec l’ami Walter. Propre, trop propre pour ne pas dire  asséché et laissé bêtement sans suite .Quand un copain vous aide, encore faut il écouter l’ensemble de ses conseils ! Surtout ceux à mettre en application le lendemain. Je ne l’ai pas fait, insouciant  des conséquences.

 

 On démarre à cinq, Walter, Didier, Dany, Alain et moi. Arrêt pipi essaimé dans les tout premiers kilomètres vers Bédeilhac et Saurat.

Bédeilhac. On traverse ce site majeur de la préhistoire pyrénéenne sans réellement penser à sa caverne   . Et pourtant, apprendrons nous plus tard,  elle est internationalement reconnue  pour  son art mobilier riche et ses figures rupestres  très diverses. L’Ariège en est fière, et le dit. Tout comme elle promotionne le prochain 3 ème festival des Contes de Saurat, fin juillet. Et ses baladins, raconteurs d’histoire sur le thème des animaux et des êtres fantastiques. La fée brûlée, le changelin…

 Didier se dévoue et m’accompagne, tel un frère, du début à la fin de la montée jusqu’au col de Port. Me conseillant sur les bons rapports plateau-pignons et sur la tenue à conserver. Le K way jaune est abandonné et les manchettes relevées.

 Les derniers kilomètres paraissent faciles en comparaison de quelques précédents maintenant digérés. Sommet du col. 1249 mètres. Les trois autres copains nous attendent à l’abri. Deux appareils numériques surgissent des sacs et sacoches. On enfile les vestes. On fait quelques photos souvenirs .On goûte le paysage. Et on enchaîne.

 

 Je me fais plaisir dans la descente en me calant non loin de Dany et en laissant aller. On dépasse les 60 à l’heure de temps à autre. Quel pied aussi de descendre ainsi et de passer à cette vitesse devant un panneau indiquant col des Caougnous !.  947 mètres, me semble t’il.

 

 La différence de température est déjà sensible. Les bouts des doigts ont  subi le plus froid et vont progressivement  retrouver leur agilité.

 

 Massat. On met pied à terre près de l’église pour se regrouper  et vérifier la direction de la route de l’étang de Lers. J’aperçois un graffiti anti introduction de l’ours .Par la grand rue, on salue quelques habitants et on dépasse une boulangerie «  bio » et un atelier d’artisanat dont le graphisme mi enfantin mi naturaliste rappelle plutôt les années 1980.

 

 C’est parti pour 16,6 kilomètres. Sans gros effort immédiat sur 3 kilomètres   jusqu’au Port.  Puis, durant 10 kilomètres jusqu’à l’étang de Lers     quelques efforts réellement soutenus  sur des portions allant de 3,1% à 8,2%. Cette fois ci, c’est Dany qui s’est auto désigné pour m’accompagner. Avec tact et gentillesse. Et une tape amicale sur le dos, une fois arrivé à l’étang de Lers.

Cet étang. Et sa légende. « … A une quinzaine de kilomètres de Massat sur les montagnes que domine le Pic du Mont Béas, sommeille un plan d’eau de quelques deux hectares de superficie : c’est l’Etang de Lers qui donne naissance à l’Arac affluent du Salat qui lui au bout de sa course rejoindra la Garonne. Depuis une époque lointaine et peut être dès les temps préhistoriques, de vastes pâturages s’étendaient dans ses parages et la tradition nous laisse croire qu’un village s’élevait autrefois à l’emplacement du lac actuel.

 Cependant la malédiction s’abattit sur le village quelques temps après le passage d’un mendiant à qui la population villageoise, ce soir là en fête de fin d’estive, avait refusé l’hospitalité pour la nuit.

 L’homme rejeté par les villageois passa donc son chemin et ne rencontra guère plus loin sur le chemin du Col d’Eret (ou col Dret) un pauvre berger et sa fille qui lui ouvrit sa chaumière et l’accueillit chaleureusement.

 L’homme vêtu de haillons leur annonça une nuit terrible : « Les gens du village m’ont repoussé et la colère céleste va se manifester, tout va être englouti, seuls ta fille et toi serez épargné, mais je vous recommande surtout de ne pas vous retourner même une seule fois car vous seriez aussitôt changés en pierre. »

 Comme l’homme l’avait annoncé, tonnerre et trombes d’eau se succédèrent. L’énorme avalanche de terre et de pierres se détacha du flanc des montagnes et vint engloutir maisons et habitants. Elle combla en même temps l’écoulement normal des eaux et celles ci en s’accumulant dans la dépression ainsi constitué formèrent l’Etang de Lers.

 Mais au moment du cataclysme, la jeune Pascaline ne put résister à sa curiosité, se retourna et fut aussitôt changée en pierre. Non loin des rives du lac sur le chemin qui conduit au Col d’Eret, on peut voir la jeune Pascaline figée pour toujours dans la pierre »...

 On rejoint ensuite Port de Lers, ses estives  et ses 1517 mètres. Un automobiliste perpignanais nous demande son chemin vers un village dont on imagine avoir aperçu le nom lors de l’ascension.

 

 La descente sur Vicdessos se fait relativement prudemment. On dégringole  gentiment en 11,5 kilomètres de 1517 mètres à 807. Mieux vaut les descendre que les monter. Le pourcentage moyen atteint les 7%.

 

 Rétrospectivement, ce versant nous parait naturellement plus ardu à escalader que son opposé. Est-ce celui-ci que Marco Pantani en 1995 puis Michael Rasmussen en 2004 ont gravi en vainqueur ?..

 

 Alain et Walter, partis les premiers, font toute la descente en tête. Chacun se maudit de n’avoir pas pris de gants longs. Les bouts des doigts sont engourdis, les positions nous font souffrir au niveau du dos ou des cervicales. Mais que c’est beau, plus haut et plus bas ! Même si les cuisses se contractent avec la concentration des positions dans les virages

 

 La route forestière se veut aussi étroite que superbe. Pas forcément  régulière et donc parfois propice aux crevaisons. On aura la chance d’y échapper, pas Hervé apprendrons nous plus tard.

 

On s’embrouille un peu avec une voiture du crû  certainement livrée à son conducteur rouspéteur sans clignotant pour indiquer ses changements de direction. Peut être est ce un des éleveurs anti ours …pas le moment de l’énerver. On continue la route dès qu’il s’arrête en grommelant.

 

 Vicdessos, Capoulet et Junac, Niaux et Tarascon. La vallée, la grotte et la route en bon état nous stimulent. Dany mène bon train. Et longtemps. Pas loin des 40 à l’heure de temps à autre. Je ferme la marche, m’économisant pour la suite. Beille. Beille…elles sont aussi toutes beilles comme le jour, chantait un Claude.

 

 El fanfaronissimo prend le relais de Dany. On s’arrête au giratoire à l’entrée de Tarascon pour repérer la petite route des Cabannes préconisée par les copains .Saine précaution  pour éviter celle des chercheurs de pastis ou de cigarettes en transit vers le Pas de la Case.

 

 A Bompas, on met pied à terre. Sandwiches, biscuits, récupération près d’un abri bus tout en guettant du coin de l’œil si l’Espérou Team ne surgit pas. Alain l’artisan plaisante sur l’itinéraire à venir. La première entreprise de France se révèlera intuitive.

 

 La pause produit ses effets. Rude reprise, on escalade sur quelques dizaines de mètres, non sans mal, la rue de Bompas menant à la mairie. Pour mieux la redescendre et emprunter ce qui s’avère être  la route de la Corniche.

 

 Avant même d’attaquer cette nouvelle difficulté, encore sur le plat, je m’aperçois tout à coup que Concorde, mon  vélo, fait la gueule. Et fortement. Par bruits saccadés .Il se plaint de maltraitance. Les maillons de la  chaîne clament leur manque d’huile et jouent des castagnettes avec les pignons. Ca saute, ça tressaute et ça m’inquiète car « ça risque de ne plus passer et donc de casser ! ».

 

 Et je réalise soudain l’ampleur de ma bêtise. L’assèchement complet  de la chaîne, du dérailleur, des plateaux et des pignons. Ou plutôt l’oubli de les avoir graissés après leur grand nettoyage au white spirit. Carton rouge, me dira justement Dany.

 

 En traversant Arnave, je cherche sans succès un type auquel soudoyer un peu d’huile. Peine perdue. On s’arrête un peu plus loin, Didier et Dany auscultent et cautérisent comme ils peuvent.

 

 On repart. Le parcours devient ardu .On découvre des pourcentages proches de 8 ou 9 %. Je suis décroché. Pignons et maillons s’affrontent régulièrement. J’ose à peine appuyer sur les pédales.

 

  L’irréparable se produit un peu avant Cazenave, après un virage serpentant devant une bâtisse à l’aspect singulier et aux couleurs bleu et jaune crû. Moulin, gîte ou refuge communautaire peut être.

 

 La chaîne saute par-dessus le plus petit pignon et se coince. L’axe du dérailleur se fend d’un triple axel, reste en l’air et, plus rien ne fonctionnant, je me retrouve par terre. Concorde a piqué du nez. Et moi avec.

 

 Je rejoins Cazenave à pied. La route continue de monter. Les copains m’y attendent depuis un bon moment. Je les trouve assis à côté de la fontaine. Et leur explique la situation en les priant de repartir au plus vite afin d’attaquer Beille. Moi, pendant ce temps là, je rejoindrai les Cabannes, le vélo à la main. « Allez, les gars. Continuez ! »

 

 Pas question répliquent mes saint-bernards.  Voilà pourquoi, après un dépannage appliqué de Dany et Didier me raccourcissant la chaîne et la stabilisant sur un seul rapport, j’arrive tant bien que mal à rejoindre avec eux le village des Cabannes.

 

 Contrarié, en colère contre moi-même, reconnaissant (mais pas surpris) pour l’aide immédiate et compétente des copains. Conscient qu’entre un bureaucrate et un électro, y‘a pas photo pour l’aptitude à maîtriser un incident mécanique.

 

 Je repense aussi au souhait formulé il y a plus d’un an de mise en place entre nous d’un samedi-atelier mécanique et réparation des vélos , un jour de pluie ou de grand froid.

 

 On retrouve Denis, Hervé, Jean Marc, Alain, Thierry et Bernard sur la place des Cabannes. Devant les voitures et remorques. Arrivés depuis peu, ils s’alimentent  et vérifient leur tenue avant d’attaquer Beille. A les écouter, on comprend qu’« ils n’ont pas chômé  tout au long de la matinée …sans rouler comme des fadas, mais tout en adoptant un rythme sérieux  propice à l’enchaînement d’efforts»...

 

 Thierry arbore un magnifique ensemble  aux couleurs  de Colomiers. Jean Marc tire la mine du coureur fatigué et prend la décision «  d’en rester  là » pour aujourd’hui. Ce qui, entre nous, me réconforte car nous serons ainsi deux à poser simultanément pied à terre.

 

 A installer nos montures dans les remorques. A renouer rapidement avec la vie civile, avec la dégustation d’un sandwich et d’un café chaud. Avec le changement  de tenue au profit, en ce qui me concerne, du polo griffé Paris Stade Français même si Toulouse reste notre club préféré.

 

 On fera réellement connaissance au bistrot du village. Puis en nous réchauffant  aux rayons du soleil lorsque celui le permet.

 

  Les copains, Walter le premier, s’engagent progressivement les uns après les autres dans la route menant au plateau. En 16 kilomètres -15,8 précisément- ils s’élèveront de 535 mètres à 1749 mètres.  Soit un pourcentage moyen de 7,9%.

 

 Soit, aussi,  d’autres données encore  plus explicites sur les pourcentages, kilomètre  après kilomètre :  +6,5%, +8,6%, +7,2%, +9,8%, +9,5%, +7,5%+8,2%,+9,4%,+8,6%,+8,7%,+8,6%,+10,8%,+7,7%,+1,6%,+6,2%...

 

 Impossible de raconter à leur place leur montée d’autant plus qu’au retour tous, tremblant de  tout leur corps, nous relatent d’abord la difficulté de leur descente : route très entraînante, froid vif, douleurs dans le dos et les cervicales, doigts congelés, cuisses contractées…

 

 Denis  est descendu en 24 minutes. L’Ange Blanc me parait en ce moment marqué par ses exploits du jour (147 kilomètres à 20,66k/h) et de la veille (même kilométrage par monts et par vaux de la vallée du Tarn).Lesquels offrent un dénivelé cumulé de plus de 6000 mètres.

 

 Sa performance rejoint celle des pros du Tour. Mi admiratifs mi compatissants, Jean Marc et moi l’interrogeons sur  toutes ses sensations. Sur la gestion de ses deux parcours en deux jours. Sur les leçons à en tirer pour…fin juin. Tout en  le regardant  se changer, s’alimenter  et s’abreuver.

 

 L’Ange Blanc nous impressionne. Lucide et modeste comme à l’accoutumée, il nous parle tout en continuant  de trembler malgré lui quelques minutes .Son visage guérandien laisse aussi apparaître plusieurs coulées de sel asséchées. Je repense aussitôt aux scènes comparables vécues l’année dernière par chacun d’entre nous en Pays Basque…La sueur se coagulait en sel.

 

 Hervé, Thierry, Didier, Walter,  Dany, Bernard et Alain nous rejoignent  progressivement.

 

 Tous reconnaissent que «  c’était dur …l’effort de montée est constant…pas vraiment moyen de récupérer pour relancer… » .Hervé reste fidèle à lui-même, content d’avoir vécu cette expérience   et prêt pour d’autres. Je lui extirpe facilement l’aveu ici, c'est-à-dire hors du Tarn, de son recours au petit plateau dans les portions de côtes les plus méchantes.

 

 Le duc de Chevreuse a eu la sagesse – chacun le ressent ainsi et Denis le lui exprime - de rebrousser chemin au 13 ème kilomètre au moment où des douleurs ventrales lui ont fait comprendre qu’elles ne le quitteraient plus.

 

 El fanfaronissimo ne fanfaronne pas. Et, pourtant, s’il s’y adonnait, personne ne lui en voudrait. L’ex Diable Rouge est monté «  à la volonté », comptant parfois sa progression dizaine de mètres par dizaine de mètres. Ou, debout,  appuyant fort sur les pédales en  voyant Denis redescendre à fond alors qu’il cherchait, lui, à savoir combien de kilomètres le séparaient du sommet. Chapeau, Walter .Ton entraînement quercynois du col de Crayssac a porté ses fruits.

 

Dany s’avoue  discrètement satisfait de son ascension. Du début à la fin, il est resté sur les mêmes rapports et est monté «  à sa main ». Tel que, si j’en avais eu la possibilité, j’aurais aimé essayer de  le faire. Un esprit cyclo tourisme de haut vol ! L’incitant, une fois arrivé, à accompagner plusieurs fois  les copains sur les derniers mètres…

 

Bernard a finalement dompté Beille en solitaire. Thierry a dominé quelques moments difficiles. Alain aussi, certainement mais pour l’instant il soigne ses cervicales.

 

Les copains ont faim. Ils récupèrent, mangent ou dévorent sandwiches, bananes. Se changent, se lavent dans les toilettes publiques, téléphonent. Rangent leur sac.

 

Jean Marc et moi installons la plupart des  vélos dans les remorques. Bernard s’en repart vers Luchon. Nous investissons le bistrot pour le pot de l’amitié et de la récupération : demi, demi panaché, café, chocolat…

 

Ce moment de complicité nous réunit sans distinction de résultat sportif. Et on s’y sent bien. Spontanément.

 

On a aimé cette journée Beille de jour et son plateau de stars sans cinéma, même si elle a aussi enregistré la fin d’une chaîne de vélo laissée bêtement asséchée. Et m’a frustré de quelques efforts supplémentaires. Jusqu’où les aurais je accomplis ?

 

Mais….Beille, tu ne perds rien pour attendre. Je t’aurai. Je reviendrai .Peut être même avec Jean Marc  si on se trouve un itinéraire préliminaire d’une trentaine de kilomètres...sans col ou corniche et sans  receleur de pastaga andorran.

 

 Pour tous, cette sortie ariégeoise du 29 avril   délivre enfin de bénéfiques  leçons susceptibles de nous aider dans la   préparation de  nos transpyrénéennes  personnelles.

 

La suite… samedi prochain autour de Saint Lary, au pays des Trémo, chez André, Sylvain et leur plus fidèle supportrice.

 

 

 

 

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