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Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...

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Ma traversée. (début)...Xavier

Lundi 19 juin 2006 : ça y est ! Le jour qu’on attend depuis 6 bons mois. Depuis Noël, j’ai accumulé 3500 km, plus du home-trainer et de la course ; pas une semaine sans activité physique, à faire attention à mon poids (84 kg à Noël, 76 kg aujourd’hui !), beaucoup de sacrifices, surtout pour Nathalie, mon épouse, qui garde nos 2 garnements pendant que papa roule avec ses copains. Pour le plus petit d’ailleurs, quand je ne suis pas là, je suis soit au boulot, soit sur le vélo ; il en est même venu à penser que le vélo est mon outil de travail.

 

 

 

 

Enfin ! Nous voici donc ce lundi matin. Denis arrive avec le minibus. Nous chargeons vélo, porte vélo, sacs et bonhommes pour retrouver Thierry, dit le « Labrador », chez lui. Il nous attend, décontracté, « charentaises » aux pieds et sourire aux lèvres qui en dit long sur sa joie de partager ce moment fort avec nous. Il assurera toute notre assistance : transport des sacs, ravitaillement en eau et nourriture, photos, voiture-balai, en fait tout notre confort. Comme dit Denis : « nous sommes les acteurs de cet événement, mais même si l’un de nous n’est pas là, l’aventure se poursuit, tandis que sans le Labrador … tout est fini ! ». Nous partons chez André, lieu de rendez-vous où nous rejoignent nos autres collègues pour charger le véhicule d’assistance : 6 vélos à agencer sur 1 seul minibus, plus les sacs, la nourriture, les boissons, la pharmacie… ça prend du temps !

 

 

 

 

Après un bon repas concocté par notre Président préféré, nous embarquons vers 14h. Je me sens comme ces gamins heureux de partir vers l’aventure en colonie de vacances, mais inquiet des difficultés qui nous attendent. Nous récupérons Thierry, l’ami d’Hervé, chez lui à Pechbonnieu, où il est fier de nous montrer sa dernière acquisition : un magnifique vélo « Time », tout en carbone, qu’il réserve pour ses prochaines courses. Il préfère néanmoins prendre son ancienne monture qu’il vient d’équiper d’un triple plateau dans la semaine. Sa préparation avec Hervé dans le Tourmalet l’a amené à la prudence, chose qu’il ne va pas regretter.

 

 

 

 

Nous voici donc tous réunis, Bernard, André, Hervé, Thierry, Denis, le « Labra » et moi dans le minibus, vitres ouvertes, sur l’A64 en direction d’Hossegor. Denis est notre pilote. Le voyage se passe sans encombre. Evidemment, nous parlons des étapes qui nous attendent ; pour la plupart d’entre nous, la 2° étape Laruns – Luchon avec ses 5 cols (Aubisque, Soulor, Tourmalet, Aspin, Peyresourde) et ses 155 km apparaît la plus dure. Pour ma part, je redoute la 1° (demain) : St-Jean de Luz – Laruns, 190 km avec le Burdincurrutcheta (caprice de Président) et le Marie-Blanque au 170° km et ses 4 derniers à plus de 11%. Etant particulièrement sujet aux crampes, je me dis que demain est déjà un cap à franchir, un tournant dans notre épopée. On aborde les autres, mais ces 2 étapes là, nous les attaquerons avec beaucoup d’humilité, c’est sûr.

 

 

 

 

Nous approchons du Pays Basque. Le ciel est de plus en plus couvert. Nous sommes partis d’Albi sous le soleil, nous voici à Capbreton sous la bruine. Après un ravitaillement au supermarché, où certains s’occupent des courses et d’autres de la surveillance de nos montures, nous arrivons enfin à Hossegor, entre Atlantique et Lac chez Pierre, mon ami depuis 18 ans, mon témoin de mariage et mon partenaire de 3° mi-temps au temps où il était kiné au F.C.Auch et moi simple joueur.

Chacun prend possession de sa chambre ; Pierre sait recevoir : chacun aura son lit sauf les 2 anciens Bernard et André qui dormiront ensemble. Le repas, à base de pâtes (ce ne sera pas le dernier !) et de grillades, agrémenté de Saint-Émilion (on ne se refuse rien !) se déroule au gré d’anecdotes et de souvenirs de vieux amis (Hervé et Thierry, Pierre et moi). La pluie continue de tomber. Il est déjà près de 22h, demain le réveil sonnera à 5h : il est temps d’aller se coucher. Je sens que demain, je vais souffrir, mais nous sommes tous là (un peu) pour ça ! Notre défi va enfin commencer !

 

 

 

Mardi 20 juin 2006, 5h. Le réveil sonne déjà. La nuit a été courte. Il a plu toute la nuit ; le ciel est bas. Tout le quartier dort, sauf au n°532 où règne l’effervescence, mélange d’excitation et d’appréhension. Après un copieux petit déjeuner, nous optons pour la tenue officielle de l’ASPCG section cyclo. Photo non moins officielle du départ de la « Transpyréenne » oblige. La maison de l’Infante et le port de St-Jean de Luz serviront d’arrière-plan.

 

 

 

 

Après les remerciements et un « brasso » à mon ami Pierre et le chargement du minibus en sacs et cyclistes, le « Labra » s’installe au volant pour la 1° fois de la semaine. Nous partons vers l’A63 à Capbreton. Sans doute le manque de sommeil ajouté à l’excitation mettent à mal ma qualité de copilote. En effet nous effectuons une visite imprévue de Capbreton, son port, son centre ville, avant de rejoindre, enfin, l’autoroute. ¼ d’heure plus tard, Pierre m’appelle pour nous signaler l’oubli d’une enveloppe. Celle-ci contient le « road book » méticuleusement préparé par Bernard, la liste des hébergements avec leurs coordonnées ainsi qu’une clef informatique, utile pour la lecture et la sauvegarde de photos sur l’ordinateur portable de notre chauffeur. Thierry décide de revenir à Hossegor après nous avoir déposés au lieu de départ. Encore une fois, merci le « Labra ».

 

 

 

 

Bon ! Maintenant, on y est ! Dernières vérifications du vélo : pression des pneus, graissage chaîne, dérailleurs, freins, pédales …Aïe ! Mon compteur me lâche ! Je ferai la traversée sans compteur kilométrique ; je n’aurai, comme seule indication, que l’heure. Tant pis… Il pleut. Vite, la photo, pipi …

7h45 : c’est parti ! Nous quittons le « Labra », nous le retrouverons vers St Jean Pied de Port. Je fais suivre le téléphone portable au cas où… Premiers coups de pédales, la circulation est assez dense au départ, mais après Ascain nous voici livrés à nous même. Je ne sais pas si c’est la pluie, le stress et bien sûr, les boissons ingurgitées, mais toujours est-il que nous devons nous arrêter très tôt pour soulager des besoins naturels, et ce, 2 fois avant le col de Saint-Ignace.

 

 

 

 

Ah ! Ce fameux col de Saint-Ignace, avec sa gare de départ du petit train à crémaillère de la Rhune ; 1° col et 1° chute pour Denis, pourtant l’un des plus habiles de nous tous sur un vélo. Au début de la descente sur une route mouillée, après seulement 11 km et à moins de 25 km/h. Stupeur dans le groupe : il reste au sol. Il nous dit qu’il a entendu « craquer » ; il souffre, et pas de minibus d’assistance ! Tout ça sous la pluie. Nous le relevons, l’examinons -lui et sa monture - essayons de le rassurer (et nous aussi !).L’Ange Blanc, comme aime l’appeler Michel, est notre capitaine de route naturel, notre leader. Il a pris un coup au moral et nous aussi : il faut qu’il reparte ! Denis ne dit pas grand chose, il souffre en silence et remonte sur son vélo. Thierry se charge désormais d’ouvrir la route. Nous sommes excessivement prudents. Il est décidé qu’à la première pharmacie, nous nous arrêterons pour que notre malheureux se fasse soigner. Chose faite à l’entrée d’Espelette. Nous le laissons seul avec la pharmacienne et attendons dehors, abrités sous le porche. Il en ressort, ¼ d’heure plus tard, nettoyé, « éosiné », réchauffé prêt à repartir. Mais les malheurs de Denis ne sont pas finis : à la sortie d’Espelette, il crève de sa roue avant. Les poids-lourds et autres véhicules nous aspergent. Mais à 6, on répare cette roue en un temps record. Denis, ce n’est pas ton jour de chance, mais on est avec toi !

 

 

 

 

Nous repartons en file indienne, Thierry toujours devant ; petit à petit, on s’organise et on prend des relais réguliers. Le « Labra » nous rejoint après Itxassou. Le tempo est bon : + de 30 km/h jusqu’à St Jean Pied de Port où nous décidons de nous abriter sous la halle pour nous alimenter. Il est 11h, nous avons parcouru à peine plus de 60 km. Il faut repartir, pas le temps de prendre un café au troquet, n’en déplaise à Bernard et Thierry.

 

 

 

 

Reprise du tempo et en route pour le Burdincurrutcheta. La pluie fait enfin une pause. Nouvel arrêt pipi (au moins le 5°) pour André et moi, au pied de l’ascension ; 1° panneau : 11,5% sur 1,5 km. Il est temps de passer sur le petit plateau (le 30 dents !). La (difficile) montée s’effectue dans le brouillard, sur un rythme de « sénateur » : il reste plus de 100 bornes avec le Marie-Blanque. Plus on monte et plus je sens des douleurs dans le ventre. Le sommet est atteint sans qu’on s’y arrête juste le temps d’enfiler un K-Way et une veste. Nous abordons la courte descente et la remontée sur le col de Bagargui (chalets d’Irraty). L’année précédente, nous l’avions gravie sous le soleil et sur un bon rythme. Cette fois ci, je souffre. Au sommet, j’abandonne mes coéquipiers un bon moment. Je les retrouve frigorifiés pour la photo. Mes intestins me dérangent.

 

 

 

 

La suite ? Thierry roule très souvent en tête de notre petit peloton, Denis doit souffrir mais ne bronche pas, André, Bernard et Hervé restent tranquilles. Il pleut de nouveau. Vers 15h nous nous arrêtons à l’abri à Tardets-Sorholus où mes douleurs intestinales redoublent. Il reste 60 km. Mon moral est au plus bas, et ce n’est que la 1° étape. Hervé me donne de la « carbo-levure », Le « Labra » nous sert une salade de taboulé et nous écoutons un concert de percussions des enfants du village qui prépare la fête de la musique du lendemain. Tout cela me requinque un peu. Nous nous sommes refroidis.

 

 

 

 

Nous repartons sur un rythme prudent en prévision de la dernière difficulté de la journée. Mes jambes tournent mieux. Nous suivons toujours Thierry. Nous reprenons un bon tempo. Nous voici déjà à Escot. Denis, Bernard et moi consultons le panneau annonçant le profil de l’ascension. Pas de surprise : un début tranquille à 2,5%, puis progressif jusqu’au 5° kilomètre à 8,5%, et les derniers respectivement à 11%, 12%, 13% puis 11% pour terminer. Je reste avec Denis, il me rassure. Nous progressons jusqu’à cette inscription sur la route : « ICI COMMENCE L’ENFER ». Nous devons être masos. C’est bon de souffrir, surtout en si bonne compagnie ! Je reste accroché aux roues de Denis et Hervé. Thierry est devant, André et Bernard gèrent derrière nous. Dernières photos au sommet dans le brouillard. Les sourires et les plaisanteries reviennent. On touche le bon bout. Attention à la descente ! (surtout les virages à gauche pour Denis).

 

 

 

 

Nous rejoignons Laruns en file indienne, heureux, fatigués, mouillés… Il est 18h15. Les sanitaires du camping ne sont pas ouverts, on se douchera dans le mobil-home : douche froide pour la plupart d’entre nous. Nous sommes un peu à l’étroit, mais le groupe, après cette journée « galère », est tellement soudé et solidaire que nous sommes heureux d’être là, ensemble, comme ces gamins qui prennent possession de leur chambrée de colonie de vacances. Nettoyage des vélos, des bonhommes, préparation du repas, coup de fil à la maison (Victor a la varicelle), massage (chacun se fait son propre massage !), séchage des vêtements, et enfin, repas assis sur les banquettes : on respire. Au dessert, nous avons droit à du pain d’épice spécialement concocté par Lison, la fille de Denis. Avec Martiane, sa mère, elles en ont préparés 5 ; ils sont tellement bons qu’ils n’auront pas le temps de moisir. Suit une remise de trophées par notre Président : maillot officiel de la section cyclo à notre « Labrador » Saint-Bernard, qui le mérite tant et une tresse de chambres à air pour moi, en mémoire d’un record de crevaisons (4) lors d’une sortie cyclo. 22h30, il pleut toujours. Il est temps de se coucher. Une crampe aux ischios-jambiers me rappelle mes efforts de la journée, et le carillon d’un portable nous rappelle qu’il y a une vie en dehors du vélo et... demain : réveil prévu à 5h30 puis l’Aubisque, le Soulor, le Tourm… On verra demain, maintenant, dodo !

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 21 juin 2006 : 5h30, le réveil sonne. J’ai dormi comme un bébé, sur une banquette ; je n’ai même pas entendu ronfler Hervé à mes côtés. Il a semble-t-il plu une bonne partie de la nuit. Tout le monde émerge de ce capharnaüm. Les affaires ont séché. Il est temps de s’organiser : petit-déjeuner, brin de toilette, choix des tenues et rangement. Le temps est encore couvert. La journée s’annonce encore rude. Dernière photo devant le mobil-home, dépôt des clefs dans la boite à lettres du camping. Nous voila prêts à partir.

 

 

 

 

Nous attaquons immédiatement l’Aubisque, très prudemment. Denis ressent des picotements et les croûtes lui tiraillent la peau. Petit à petit, l’horizon se dégage. A Eaux-Bonnes, le tour de la place centrale nous laisse apercevoir le bleu azur du ciel. L’ascension se fait groupée au gré des plaisanteries et de photos effectuées par le Labra. L’allure adoptée nous permet d’apprécier de beaux panoramas, ainsi qu’une mer de nuages en dessous de nous. Aujourd’hui nous aurons droit au soleil et à la chaleur. Avant Gourette, nous croisons quelques cyclos redescendant du sommet, dont un campeur avec qui nous avons discuté la veille. Puis, plus près du sommet, nous en croisons un autre qui est là vraisemblablement pour tester sa monture. Il nous avait dépassé au volant de sa voiture immatriculée aux Pays-Bas, avant la station de ski. Nous franchissons le col, groupés, sous un ciel immaculé. Un couple de touristes nous prend en photo devant la borne officielle du sommet. Nous nous alimentons et réapprovisionnons nos bidons.

 

 

 

 

Après avoir enfilé vestes et coupe-vents, nous dévalons la pente. Quelques hectomètres plus bas, nous retrouvons un épais brouillard, nous incitant à la prudence. La liaison vers le col du Soulor s’effectue sur une magnifique route avec des passages creusés dans la roche. A cette occasion, nous changeons pour la 1° fois de Département ; nous voici à présent dans les Hautes-Pyrénées. La montée vers le Soulor est très courte de ce côté (4 km). Ils sont avalés à l’impulsion, comme dirait notre dévoué secrétaire Wally. Autre photo dans la brume montante. Des troupeaux de brebis gardés par des Border Collie, quelques touristes et un couple de cyclos sont déjà là. La descente va être longue jusqu’à Argelès-Gazost ; je rajoute à ma panoplie des jambières. Chacun refait le « plein » et se couvre.

 

 

 

 

 C’est reparti pour une vingtaine de kilomètres en file indienne, Thierry et Denis (qui semble ne plus souffrir) en tête. La pente est raide jusqu’à Arrens, mais la vitesse ne diminue guère jusqu’à Argelès-Gazost. Le Labra se charge d’acheter quelques bananes (nous en consommons 5 chacun par jour !) et de remplir les bouteilles d’eau. Nous poursuivons notre route vers Pierrefitte-Nestalas, en étant stoppés auparavant par des travaux de revêtements (en béton bitumineux, n’est ce pas André ?). A la sortie de Pierrefitte, ne voyant pas arriver notre minibus d’assistance, Denis interroge 2 gendarmes : ils  l’ont pas vu passer, ils se chargeront de l’informer de notre passage ; merci la maréchaussée ! Nous aurions bien aimé voir la tête du Labra se faisant interpeller ! En fait il nous rejoint peu après. Il est 11h30. Nous décidons de nous restaurer. Il reste 5 ou 6 km avant Luz-St-Sauveur, situé au pied du Tourmalet. Je profite de cet arrêt pour régler quelques problèmes d’assurance auto par téléphone (merci les satellites). Nous ôtons tout le superflu : jambières, coupe-vent et veste… Il fait chaud et, depuis la veille, nous n’y sommes pas habitués ! Nous repartons.

 

 

 

 

Après le franchissement du gave, nous rencontrons de nouveau un chantier de voirie ; celui-là va nous laisser des gravillons collés aux pneus. Denis, tout en roulant, se saisi d’une branche et enlève ces faiseurs de bruit ; la chaîne se met en place et chacun utilise le bâton et le passe à son voisin. Nous traversons Luz-St-Sauveur.

 

 

 

 

Nous voici à l’assaut du col du Tourmalet ! Il est décidé que chacun montera à son rythme. Dès le début, Thierry semble souffrir de gastro-entérite. Il est contraint de s’arrêter une première fois. La plupart d’entre nous profitons de la présence de l’assistance pour nous soulager du casque. Le soleil est à son zénith, l’ombre quasi absente tout le long de la montée, il fait chaud. Denis part seul à l’avant, suivi par le duo des bibliothécaires Bernard et Hervé, André et moi monterons ensembles, sans pouvoir adopter une cadence soutenue. Thierry attardé, ne tarde pas à nous rejoindre, puis à nous distancer.  Quelques cyclistes nous dépassent ; le Tourmalet est un col mythique, c’est la première fois depuis le départ que nous rencontrons autant de 2 roues ; ce n’est pas encore l’affluence d’un mois d’août mais quand même… A la sortie de Barèges, Denis a disparu de notre horizon, nous gardons encore Hervé et Bernard en point de mire, avec Thierry proche d’eux. Nous souffrons de cette chaleur ; on ne peut pas s’en plaindre, puisque, la veille, on priait pour avoir du soleil.  Dans le grand virage de Bastan, au-dessus de Barèges, nous apercevons tous nos copains à l’exception de Denis. Le Labra est arrêté après ce virage. Thierry s’arrête là pour cause d’ennuis gastriques. Je stoppe pour prendre une casquette que j’arrose abondamment. Au virage suivant, un troupeau de chèvres allongées sur la route recherche l’ombre. Rapidement, je rattrape André, Thierry en fait de même. Il reste un bref instant avec nous avant de s’échapper de nouveau. Nous rattrapons un cyclotouriste au gabarit de décathlonien, chargé de sacoches. Il s’arrête aussitôt pour admirer le paysage. Le seul cycliste que nous aurions pu doubler lors de cette ascension ne nous a pas permis d’avoir cette petite satisfaction… ce n’est pas grave, l’important est que l’on aborde le dernier lacet avec encore quelques réserves.

 

 

 

 

Enfin le sommet ! La photo et les impressions des copains…Denis vient d’échanger son maillot du CG avec un maillot de chirurgien américain qui nous avait déposé au début de l’ascension. Il nous avait impressionné par sa vitesse malgré un physique de sprinter. Tous les 2 prennent une photo souvenir devant le panneau, enfin libéré par un couple de touristes automobilistes retraités, occupés à rechercher la position originale pour une photo souvenir. Nous profitons du panorama pour engloutir une salade de riz les pieds dans le vide en regardant monter d’autres cyclistes de tous sexes. Denis nous apprends qu’il a mis 1h30 pour gravir le sommet soit ½ h de moins que nous. La pause s’attarde un peu, il est temps de repartir, il nous reste 2 cols à franchir avant la fin de l’étape.

 

 

 

 

Dans la descente nous rattrapons le cyclotouriste qui roule à bonne allure avec sa randonneuse, mais sans casque. Il s’arrête à La Mongie. Peu après la station dirigée par l’ancien arrière du XV de France, Jean-Michel Aguirre, des gravillons sur la chaussée nous force à ralentir, sauf Thierry qui nous dépasse à plus de 60 km/h. Impressionnant… et confiant en lui et sa machine. Nous atteignons Sainte-Marie de Campan où nous attendons les plus prudents. Le cyclorandonneur arrive à son tour, toujours sans casque. Il tourne à gauche vers Bagnères de Bigorre, nous, nous partons à droite vers Payolle  et le col d’Aspin, 4° col de la journée, mais le plus facile, malgré ses 4 derniers kilomètres entre 7% et 9%.

 

 

 

 

Nous rejoignons Payolle à allure régulière. « Nous tenons le bon bout ». Nous assistons à une leçon de parachutisme ascensionnel sur le beau site de Payolle ; des voiles colorées étendues sur la verte prairie, sous un ciel toujours bleu azur, la forêt de sapins en arrière-plan : quelle belle vision de la montagne sportive ! Nous entrons dans la forêt. Le Labra se régale : couché sur le bas côté, il prend des photos sous tous les angles. Denis et Thierry (qui ne semble plus affecté par ses ennuis gastriques) roulent à l’avant. Les 4 autres compères les gardent en vue tout en plaisantant. Nous atteignons rapidement le sommet, Hervé se faisant plaisir en nous lâchant. Nous évitons quelques troupeaux de vaches. Le col d’Aspin est également un col fréquenté par de nombreux cyclistes. Nous ne sommes pas seuls ici.  Le ciel se voile légèrement, il est plus de 16h. Il reste le Peyresourde. Nous ne nous attardons pas. Le temps de prendre une énième photo officielle devant le panneau, nous enfilons les coupe-vents et repartons vers Arreau et la vallée d’Aure 12 km plus bas. La descente reste prudente mais vive.

 

 

 

 

Nous franchissons la Neste et le village d’Arreau. Nous abordons l’ascension du col de Peyresourde, le dernier de la journée. La difficulté commence après Avajan ; nous longeons le lac de Loudenvielle, et commençons à prendre de l’altitude tous groupés. Pas pour longtemps. Un tracteur nous dépasse ; Denis et Thierry le prennent en chasse. Le premier le suit jusqu’au bout, le tracteur s’étant arrêté 500 m plus loin, le second ayant lâché prise un peu plus tôt, payant ses efforts depuis la veille.  Hervé, ce coup-ci, reste attentif au comportement de son copain, tout en ayant une idée derrière la tête… Nous gardons donc Thierry à portée de fusil ; la montée se déroule bon enfant,  avec blagues de potaches, projets pour la soirée et les étapes qui suivent… Bref, nous approchons du dernier kilomètre et Hervé reste sage, mais ce n’est que partie remise ; bientôt, viendra le moment de « régler » Thierry dans un col. Au sommet, Denis est déjà en phase de récupération. Avec Bernard, André et Hervé, nous arrivons sagement avec la satisfaction du devoir accompli. Il est tard, nous allons effectuer un contre-la-montre afin d’arriver assez tôt pour faire les courses et laver nos affaires à la laverie automatique. Nous ne perdons pas de temps devant le dernier panneau de col de la journée. Nous changeons de nouveau de département : nous voici désormais en Haute-Garonne. J’enfile mon coupe-vent, je suis déjà loin derrière. La descente sur Bagnères de Luchon est belle, facile, avec de longues lignes droites et pas de lacet. Je rattrape mes collègues au prix de pointes frôlant les 75 km/h voire davantage pour certains (Thierry, Bernard ou Denis…).

 

 

 

 

Luchon, passage sur les Allées d’Étigny et arrivée rue du Dr Barrié. Fin de l’étape chez Bernard, l’instigateur et doyen de notre aventure. Il est presque 19h, il faut faire vite. Bernard, Hervé et le Labra partent au supermarché en sortie de bourg. Pour les autres, ce sont organisation et installation pour la soirée et la nuit, toilette, massage, coup de fil à la maison (mon épouse ne s’ennuie pas entre la varicelle de Victor, et la vente de la voiture - il semble qu’elle ait une « touche » - ce n’est pas une semaine reposante !). Nos 3 amis reviennent dépités. Le magasin était fermé ; nous ferons avec les moyens du bord. Le Labra ira chercher le ravitaillement pour la prochaine étape dans la matinée de demain. Bernard décide de laver un maximum d’affaires avec le lave-linge de l’appartement. Tout le monde s’occupe, qui du repas, qui des lits… Bernard dormira seul dans une chambre – honneur au doyen et local de l’étape -, Thierry et Denis dans une autre. André et moi dormirons sur le canapé convertible avec Hervé à nos pieds et le Labra à côté d’André sur un matelas reposant à même le sol. Si Christiane voyait ça… (Dixit Lolo).  Nous mangeons tous sur le balcon, nous ne profiterons pas de la traditionnelle fête de la musique. Il est 23h, demain l’étape sera beaucoup plus courte et facile (135 km mais 5 cols tout de même !), nous décidons de faire la grasse matinée jusqu’à 6h30 (sic).  La soirée n’est pas finie après l’extinction des feux : le Labra, déjà endormi, essaye de nous voler le traversin ; André ne s’en laisse pas compter et un début de lutte façon tir à la corde s’engage, ce qui a le don de réveiller notre saint-bernard… fin d’une dure journée, place au repos !

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 22 juin 2006 : 6h30, c’était donc notre grasse matinée de la semaine. Hélas ! Le sommeil n’a pas été des plus profonds, entre les ronflements d’Hervé et les agitements du Labra ! Mais le pire est à côté de moi : André se lève, va aux toilettes pour en revenir blême ; il s’affale sur le canapé. Il est livide, fiévreux. Il est proche de l’évanouissement. Alors que nous déjeunons, lui repart au WC. Il ne dit rien. La gastro ne l’a pas épargné. Le peu de mots qu’il prononce évoque le minibus-balai et le découragement. Nous essayons de le réconforter ; il est hors de question de parler d’abandon ! Nous sommes partis en équipe de l’Océan Atlantique, nous irons en équipe jusqu’au bord de la mer Méditerranée. Nous le forçons à manger, seul un yaourt sera ingurgité. Le Labra se chargera de lui procurer du coca-cola en guise de boisson pour la journée. Hervé lui donne sa fameuse « carbo-levure ». Bref, aujourd’hui, c’est la journée pour le Président. Pour couronner le tout, le temps est couvert : bruine à l’horizon, température automnale et le linge n’a pas séché. Ce soir, on s’occupera du linge au camping d’Aulus-les-Bains. En attendant, nous nous massons à l’huile camphrée pour protéger nos jambes du froid et des gouttes d’eau. Cette odeur particulière me rappelle mes dimanches rugbystiques d’hiver, où nous nous (r)échauffions dans les vestiaires à coup d’Algipan voire de Dolpic pour certains et de camphre pour d’autres.

 

 

 

 

Après le rangement de l’appartement de la famille Laur,, puis du minibus, André prend la décision d’enfourcher sa bicyclette. Nous serons attentifs à lui, et surtout, il est décidé d’attaquer la 1° ascension (le col du Portillon) encore plus doucement que les autres matins. D’ailleurs elle ne tarde pas à approcher. Dès la sortie de Luchon-St-Mamet, la pente commence. Nous restons groupés. André ne dit toujours rien. Il semble souffrir.  Nous n’atteignons jamais les 10 km/h, sauf la partie plane au milieu du col. A 2 km du sommet, nous montons par binôme : Denis et Thierry, Hervé et moi puis Bernard et André. Dans les derniers lacets, nous apercevons nos 2 compères de l’avant roulant sur un rythme très élevé. Nous comprenons vite, lorsque le Labra nous signale la présence de 2 féminines presque au sommet. En effet, 2 luchonnaises sont déjà arrivées. Elles discutent avec nos 2 copains : elles ont passé la « grosse plaque » pour ne pas se faire rattraper ; elles sont joueuses ! Mais notre attention se porte évidemment sur l’approche d’André. Son visage est marqué par l’effort et pourtant seulement 10 km ont été parcourus ! A peine arrivé, il descend de vélo et se penche vers le fossé ; ça ne va pas mieux … 2 cyclistes retraités arrivent peu après précédés par l’épouse de l’un d’eux en voiture. Ils sont partis lundi d’Hendaye et ont le même objectif que le notre. Ils arborent une plaque officielle « traversée des Pyrénées » sur le cadre de leur vélo. Nous devrions les retrouver au cours de cette étape. Tout ce petit monde repart ; nous patientons le temps que tous se couvrent (il fait froid et il bruine) : KWay, jambières… je revêt pour la 1° fois de la journée un T-shirt sec, que j’abandonnerai en bas.

 

 

 

 

Nous voici en Espagne. La descente du Portillon se fait prudemment (surtout les virages à gauche pour Denis !). Le Labrador nous attends à Bossost avec une bouteille de coca pour André. Les nuages sont moins nombreux chez les ibères, nous nous délestons de nos tenues superflues (KWay, jambières, manchettes … et mon T-shirt !) et nous repartons en file indienne vers St-Béat et le col de Menté. Nous avançons raisonnablement. Après la frontière, nous retrouvons nos 2 retraités et nos 2 demoiselles en point de mire. Ce qui a le don de faire accélérer les 2 locomotives du groupe. Les 2 « transpyrénéens » se laissent distancer rapidement, quant à nos 2 féminines, elles emboîtent les roues de Thierry et Denis. Hervé se charge de les prévenir que derrière « nous levons le pied » afin de préserver les forces de notre infortuné Président. Tout le groupe redevient raisonnable, jusqu’à St-Béat, où nos routes se séparent : les filles vers Luchon, les garçons vers le Menté. Arrêt pipi, ravitaillement.

 

 

 

 

Le col de Menté : 10 km de montée avec de longues portions à 10 %. C’est reparti sur le petit plateau. Thierry et Denis garde leur train, Hervé, Bernard et moi surveillerons André toute la montée. Hervé se remémore son duathlon du Val d’Aran de l’an passé. Il était monté sur le « 42 », alors qu’aujourd’hui nous montons toujours à moins de 10 km/h. L’ascension se fait régulièrement. Nous nous chargeons de parler afin de distraire André toujours muet. A l’approche des (fameux) derniers lacets, il décroche ses premiers mots de la journée ; c’est bon signe, ça nous fait du bien. Même le brouillard en haut du col n’altère pas cette impression de mieux-être. Nous le faisons savoir à nos 2 éclaireurs et notre accompagnateur. Il fait encore froid pour la saison et nous décidons de nous restaurer une première fois (surtout qu’André n’a presque rien dans le ventre). Denis discute avec des girondins qui traversent eux aussi les Pyrénées à 5. Chaque jour, 1 des 5 à tour de rôle, prend le volant de la voiture suiveuse. On les retrouvera eux aussi, plus tard dans la journée. Alors que nous dégustons une salade de riz, nous voyons nos 2 retraités arrivés au sommet du col précédés par leur assistance. Peu après, un autre cycliste de petit gabarit en corsaire et maillot « Crédit Agricole », franchit le sommet, remonte sa fermeture éclair et enchaîne vers la descente sans ralentir. Sa facilité est déconcertante. Nous finissons nos assiettes, remplissons nos bidons (toujours coca pour André), prenons quelques barres et bananes « pour la route ». Manchettes, jambières, gants longs, coupe-vents et T-shirt sec, sont de sortie. C’est reparti.

 

 

 

 

Dans la descente, l’horizon se dégage, la route s’assèche. Nous restons prudents, les virages se suivent, nous sommes en file indienne bien étirée. Au bas de la descente, après le pont enjambant le Gers, un raidillon de 400 m ne nous surprend pas. Nous avions repérés cette partie de l’étape le 26 mai avec Denis et Bernard (Luchon – le Portet d’Aspet, aller – retour par le Portillon et le Menté).  Nous prévenons nos 3 autres équipiers de la proximité du col du Portet d’Aspet et de sa difficulté : 4,7 km à plus de 9 % de moyenne avec 2 passages à 17 %.

 

 

 

 

Au pied du col, nous retrouvons les 2 retraités en train de se restaurer, en compagnie d’un 3° cycliste moins jeune qu’eux. Nous effectuons une halte brêve, afin d’ôter  K-way, T-shirt et autre surcouches superflues pouvant nous handicaper lors de cette courte mais difficile ascension. Nous saluons la stèle à la mémoire de l’espoir cycliste italien et coéquipier de Lance Armstrong, Fabio Casartelli, décédé dans cette descente le 17 juillet 1995. J’effectue la 1° partie de la montée en compagnie de Thierry et du 3° retraité. Celui-ci est très bavard, tellement qu’il saoule Thierry qui nous distance pour ne plus l’entendre. Il nous apprend qu’il est de St-Gaudens, qu’il a plus de 70 ans et est impliqué dans la vie cycliste de la cité commingeoise. Nous croisons alors le « Crédit Agricole » du col de Menté. Le septuagénaire nous demande aussitôt : « vous le reconnaissez ? C’est Botcharov… » Effectivement, on se doutait bien qu’il était d’un très bon niveau en le voyant. Il avait été son entraîneur et famille d’accueil lors de son arrivée en France. Il déplore le manque de reconnaissance du Russe… Je profite d’un passage plus abrupt pour imiter Thierry et le distance à mon tour. Je dois être un peu plus patient que lui, mais il ne faut pas exagérer quand même… Je finis l’ascension sur un bon tempo, mes ressources n’ayant pas été  entamées (merci André !). Au sommet Denis et Thierry sont déjà là. Ils discutent avec un couple d’Américains, qui profitent de leurs vacances pour faire du vélo sur les traces des exploits de leur idole précédemment cité.

 

 

 

 

Il fait froid, il est temps de se rhabiller. Le papi arrive précédant nos équipiers, puis l’accompagnatrice des 2 « traversards ». Photo officielle au sommet et départ dans le département de l’Ariège pour une bonne descente vers le village de Portet d’Aspet. Nous poursuivons dans la vallée de la Bouigane à partir de St-Lary, où nous retrouvons nos copains cyclistes girondins. L’un d’eux nous rattrape pour nous dire de ralentir afin de faire un bout de chemin ensemble ; aussitôt dit, aussitôt fait. Bientôt, celui-ci prend le relais de Thierry. Nous voici en peloton de 10 coureurs, 2 par 2. Nous roulons à plus de 30 km/h, nous devrions donc être à l’heure pour retrouver nos futurs coéquipiers de fin d’aventure au camping d’Aulus-les-Bains. Tout à coup, l’un des 4 autres cyclistes, parti de l’arrière, porte une attaque franche et relâche son effort dès l’entrée du village. A la sortie, Thierry et les 2 autres cyclistes de l’avant effectuent un sprint. Ils nous apprennent que, depuis le départ, ils « font les panneaux d’agglomération ». Il en va ainsi jusqu’à Castillon-en-Couserans où nos routes se séparent après avoir effectué 4 ou 5 sprints. Eux partent pour St-Girons puis Massat, le col de Port et Tarascon où ils font étape. Nous tournons à droite vers le col de la Core.

 

 

 

 

Nous partons pour 14 km d’ascension, à proximité de l’étang de Bethmale, lieu de reproduction pour les truites sauvages. Au fur et à mesure de l’ascension, le ciel semble s’obscurcir. La bruine apparaît. La pente est douce et régulière. Cette fois-ci, 2 groupes se forment : Denis, Thierry et Hervé qui a des fourmis dans les jambes, puis André, Bernard et moi. Nous montons tranquillement jusqu’à ce que nous approchions du minibus, à 4 km du sommet. Moment que choisi un silex pour venir crever la roue arrière de Bernard. A 50 m à peine du fourgon, c’est une aubaine. André poursuit sa route, je reste avec Lolo. Le Labra nous confie la pompe à pied et file vers le sommet pour ravitailler et équiper les échappés en vestes et autres jambières… Nous voici repartis, Bernard avec sa chambre à air toute neuve, et moi avec la pompe en travers du guidon. Il pleut de plus en plus et nous n’y voyons guère. Si bien qu’en haut du col, nous ne voyons ni panneau, ni cycliste, ni véhicule d’assistance. Nous appelons pour retrouver nos amis. Ils sont 50 m plus loin, devant le panneau « col de la Core 1409 m ». J’enfile mon T-shirt sec (pour la 4° fois de la journée). Chacun se réchauffe comme il peut, met des vêtements adéquats.

 

 

 

 

Nous poursuivons vite dans la descente longue d’une quinzaine de kilomètres, mais à vitesse réduite ; nous ne dépassons pas les 30 km/h voire les 25 km/h. Nous rattrapons néanmoins et dépassons un couple de cyclo-randonneurs. Avec leurs sacoches, ces randonneuses sont difficiles à manœuvrer (n’est ce pas Hervé, un jour du mois de mai 2004, qui chuta du côté de Beaumes-les-Venises, handicapé par une de ces maudites sacoches !).Nous sortons enfin du brouillard après une dizaine de kilomètres de descente. Ouf ! On approche de Seix.

 

 

 

 

Il est près de 16h. On décide de s’arrêter près de la halle, en bordure du Salat. Nous nous installons sur 2 bancs publics. Nous sortons pain, salade de riz, charcuterie et… St-Emilion. On se soigne, et on l’a bien mérité ! André reste quand même au coca ! Il arrive à manger. Je suis sûr que ce matin, il ne pensait pas pouvoir arriver jusqu’ici sur son vélo. On y est, tant mieux ! Denis nous apprend qu’Hervé a osé attaqué Thierry pour la 1° fois dans le col précédent et qu’il l’a terminé détaché. Notre pique-nique est bientôt interrompu par la pluie. Nous terminons sous la halle. Il ne reste qu’une vingtaine de bornes avec le col de La Trappe à gravir.

 

 

 

 

Nous repartons sous les gouttes, à la queuleuleu, sur un rythme de « sénateur », mais l’important est d’arriver. Nous suivons la vallée du Salat puis de l’Alet célèbre pour son eau de source (qui désaltère les familles Revault et Pelous !). Le tempo s’intensifie. Nous passons devant la route qui mène au cirque de Cagateille. Nous y étions venus en famille 2 ans auparavant. Il y a vraiment de belles choses à voir et à faire dans le coin, pour les amoureux de la nature. Je rassure mes collègues quant à la difficulté imminente qui nous attend dans le col de la Trappe. Sur internet, il est montré des passages supérieurs à 14% avec une moyenne à 7,2%. A la sortie de Ustou, le panneau nous indique 4,9% sur 5,4 km. Tout le monde semble rassuré. Nous restons groupés jusqu’au 2° lacet. Avec Hervé et le consentement de Denis, nous décidons d’attaquer Thierry. J’ai des fourmis dans les jambes (dans les pieds aussi, mais là j’en reparlerai plus tard). Il reste moins de 10 km dont la moitié en descente , c’est donc le moment… J’avoue que je ne pensais jamais pouvoir le faire, surtout mardi, après la chute de Denis et les relais généreux et impressionnant de Thierry. Mais bon ! C’est grisant de le laisser sur place dans cette montée. Je reste néanmoins 200 m derrière Denis et Hervé. Après l’embranchement vers Guzet-Neige, et la photo du Labra, ils m’attendent pour terminer ensemble avec un peu d’avance ; j’en profite pour enfiler une dernière fois mon T-shirt (toujours sec) dans une cabane à forfait laisser ouverte au sommet du col. André et Bernard en terminent avec le sourire et en montrant 5 doigts pour l’un (comme le nombre de cols gravis dans la journée) et 3 pour l’autre (comme le nombre d’étapes effectuées depuis le départ), à moins que ce ne soit un « V » de victoire…

 

 

 

 

La descente sur Aulus n’est qu’une formalité. Nous arrivons au camping vers 18h, 5 minutes après nos collègues. Nous ressentons un tournant dans notre épopée. Du sang neuf nous rejoint, ça devrait nous « booster ».

 

 

 

 

Nous prenons possession de nos 2 chalets neufs. Ils sont coquets, en bordure du Garbet, avec petite terrasse abritée, mezzanine et 2 chambres. Je m’installe avec Denis dans l’une d’elles. Il y aura le chalet « des nouveaux » et l’autre avec « les traversards ». Les questions fusent, les anecdotes, les impressions… Déjà, Kamel et Walter, spécialiste es-pâtes, préparent le repas. Anne, n’ayant pas pu venir, participe tout de même au travers de pâtes qu’elle nous a gentiment préparées. Geste qui nous touche : merci Anne ! Tout le monde est aux petits soins pour nous. Puis, comme chaque soir, douches, massages, lavage et séchage du linge se succèdent. Ce soir nous nous laissons servir et nous en profitons. Nous mangerons donc dans le chalet des nouveaux. Merci les gars ! L’appétit est bien là, la bonne humeur aussi. Ce soir ce sera vins de Gaillac (Salette et Técou). Il est 22h30, demain réveil à 5h30. Bonne nuit en perspective, excitante pour certains, reposante pour nous autres !

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 23 juin 2006 : 5h20, il y a déjà de l’agitation dans le chalet voisin. On sent de l’excitation et de la joie sur le visage de nos nouveaux compagnons d’aventure Dany, Didier, Michel, Pascal et Walter. Le réveil sonne 10 minutes plus tard. Denis n’a pas bougé de la nuit. Lui me dit que j’ai sursauté. Nous avons bien récupéré. Nos copains d’à coté ont préparé le petit déjeuner. Nous nous apprêtons. Le soleil est là. La journée devrait être joyeuse…

 

 

 

 

Il est 7h30, tout le monde se prête au jeu de la photo souvenir devant nos habitations. Michel et Pascal décaleront leur départ ; ils ont l’intention de gravir le Port de Pailhères, mais comme ils sont moins entraînés que nous, ils ne monteront sur leur vélo que vers Tarascon-sur-Ariège. A moins que Michel ne se réserve pour quelque(s) sprint(s) du côté de Port-Vendres ou ailleurs ! Ils s’épargneront les ascensions du col d’Agnes et du Port de Lers. Nous aurons désormais 3 véhicules suiveurs : le minibus conduit par le Labra, le fourgon par René et la fourgonnette par Kamel. Les 9 autres cyclistes partent. La barrière du camping n’est pas encore levée. Nous laissons à nos 5 copains le soin de ranger les chalets. Nous passons devant l’établissement thermal puis traversons le charmant village d’Aulus-les-Bains. Dès la sortie débute l’ascension des 10 km du col d’Agnes.

 

 

 

 

Les premiers kilomètres sont raides : plus de 11% pour le 2°. Ca roule « bon enfant », ça « chambre ». Walter nous avait promis 40 minutes d’avance à Font-Romeu contre 2 caisses de champagne. Il attaque dans le 3° kilomètre, Denis se charge de le surveiller : on lui fait confiance. A l’arrière, nous continuons au gré de photos : Dany et Bernard rivalisent à coup de flashes voire de perte d’équilibre…Nous nous arrêtons plusieurs fois pour poser ; ce sont des vacances ! André, Dany, Bernard, Didier, Hervé et moi restons groupés jusqu’au sommet. Là, Walter fanfaronne avec, selon lui, 10 minutes d’avance. Denis tempère et nous en annonce à peine 7. Nous arrivons avant les véhicules d’assistance. Fatalement, l’un d’entre nous ne sera pas sur la photo officielle au sommet du col d’Agnes. Peu importe.

 

 

 

 

Les premiers repartent dans la descente lorsque les fourgons arrivent. René accompagné de Michel et Pascal en tête, suivis du Labra au volant du minibus puis Kamel. Tant pis ! Nous effectuons la courte et belle descente vers l’étang de Lers, sous un ciel bleu immaculé. Nous enchaînons la remontée sur le Port de Lers. Walter a encore pris de l’avance, mais cette fois-ci nous décidons d’engager la poursuite pour finalement tous le dépasser sur la ligne d’arrivée au sommet. Quelques randonneurs sont là, des troupeaux de vaches aussi. Photo puis 12 km de descente vers Vicdessos. Là, le Labra nous attend pour un ravitaillement et délestage de vêtements, mais une soudaine envie nous attarde André, Bernard, Hervé et moi, alors que Walter, parti juste avant nous suit les 4 autres : Dany, Denis,Didier et Thierry. La cassure est faite. Nous rejoignons Tarascon, organisés mais sans appuyer les relais, sur une route large, roulante en faux plat descendant.

 

 

 

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