Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Férus d’Espagne
Le samedi 17 avril, date de notre futur périple pyrénéen à deux roues, approche maintenant à grands pas. La trêve des vacances pascales à Sauzet s’achève. Andrée, Xav et Mumu ont déjà rejoint Albi et Toulouse. En mission solitaire de jardinage ou de tonte d’herbe dans la maison familiale, je guette de temps à autre l’arrivée sur mon micro du mail des copains.
Ici, durant la semaine, quelques restes d’averses ou pannes de tondeuses ont aussi opportunément favorisé de matinales échappées cyclo vers Prayssac, Puy Lévêque, Anglars, Montcuq, Luzech, Crayssac, Douelle, Albas. Histoire de sceller les retrouvailles 2004 avec ce Lot et ces villages dont Papa m’a transmis l’amour. Et d’essayer de gravir les côtes reliant la vallée et les coteaux du vignoble de Cahors. Royal environnement en dit d’ailleurs chaque été Margerit la Danoise.
Le mail vélo arrive jeudi. André y évoque d’abord la prochaine initiative d’un cyclo géomètre traversant une bonne partie de la France – dont le Tarn- en quête d’accompagnateurs. Il nous confirme ensuite le RV pour les Pyrénées : samedi, 6 heures, au stadium d’Albi.
J’en saurais plus en téléphonant vendredi matin avant de rentrer sur Albi. Le parcours reprend à l’envers une rando cyclo-sportive connue. La Serge Lapébie. 105 kilomètres en boucle autour de Bagnères de Luchon. Un dénivelée de 2185mètres et 4 cols au programme dont le fameux Col du Portillon et le coriace Col de Menté. Enfin, entre ces deux sommets, on aura droit à une courte escapade en Espagne, de Bossost à Les. En compagnie d’une jeune rivière presque encore bouillonnante , encore proche de sa source en Val d’Aran. La Garonne. La Garonna. Le rio de Garonna.
Nous accomplirons finalement ce périple à cinq. Bernard, Walter, Xavier, André et moi. Denis profite d’une escapade familiale en Vaucluse ce même jour pour partir« reconnaître » le Ventoux. Du moins le croit t’il sans deviner que l’enneigement ne lui permettra pas de réaliser totalement, cette fois çi, son objectif. Il en fera assez pour témoigner le lundi matin de la dureté de l’ascension. Alain l’artisan chauffagiste bosse .Encore et toujours. Hervé et Francis ne sont pas disponibles.
Bernard, résident luchonnais régulier de la Résidence des Thermes, met à disposition du groupe son appartement et sa salle de bains .Il s’y rend d’ailleurs la veille pour y transporter deux vélos et – comprendrons nous sur place-nous accueillir sur ses terres le lendemain, chocolatines et pains aux raisins à la main. Lolo, champion aussi de la gentillesse spontanée.
Les modalités de chargement des trois autres vélos sur le toit de la voiture d’André évoluent au fil de la journée de vendredi. Notre chef poète de la voirie se bat avec des soudures sur le tout nouveau chauffe eau qu’il vient de décider d’installer l’après midi. Sous l’amicale pression de sa chère femme, fervente supportrice de la toilette et de la vaisselle à l’eau chaude.
Tout s’arrange vers 21 heures. André prend la peine de venir installer mon vélo à domicile car je suis depuis quelques heures – et pour le week end- célibataire non motorisé. On ne traîne pas en se disant bonsoir. La nuit sera particulièrement courte. Et il faudra penser à se lever à cinq heures ¼ pour s’alimenter en prévision des efforts à fournir.
Mum me programme le réveil sur le téléphone portable avec une musique appropriée. Entre cette sonnerie enjouée et le réveil radio, je devrais assumer la situation.
Pronostic correct. Le lever parait même facile. Y’a de l’envie dans l’air. Comme prévu la veille, Walter et Xavier débarquent rue Lamartine ce samedi à six heures moins cinq. Ponctuels, décidés et complices. En tenue de coureur et chaussures plates, sac, casque et bidons à la main.
Diable Rouge avale un café maison tandis que l’ex coach albigeois s’abstient de toute nouvelle alimentation. L’estomac sommeille, pas les yeux. Il remarque aussitôt mon simili maillot de rugby du Stade Français –CASG. Je lui en explique les raisons sentimentales.
André nous rejoint avec les trois vélos sur le toit de sa berline gris métallisé.
Avant d’embarquer tous les quatre, on s’amuse ensemble de notre propre spectacle chatoyant. On dirait vraiment quatre coureurs pros d’équipes différentes se rendant ensemble à une compétition. A moins qu’il ne s’agisse du staff d’une équipe accompagnant son leader.
On quitte la maison à 6H O5. A la nuit noire et sans avoir réveillé quiconque du voisinage. Crousti Pain, le « boulanger –cuiseur de pâte » du coin de la rue, travaille déjà dans son labo sans avoir ouvert sa boutique. J’avais pensé lui acheter éventuellement une coupiagaise toute chaude pour un futur arrêt pipi et casse croûte sur l’autoroute .Tant pis. Xavier, silencieux, ne manifeste pas d’envie particulière de chocolatines. On roule vers Toulouse puis Montréjeau et Bagnères de Luchon.
Le trajet se déroule parfaitement. André « chauffe » et « maîtrise ». Confort Laguna de chez Renault, respect permanent des limitations de vitesse, délais prévus tenus. Moins de 2H 30 .La conversation demeure animée en permanence.
Walter nous parle souvent du nouveau plateau, le P 38 dents spécialement installé sur son vélo pour nos ascensions du jour. On le sent impatient et (un peu) anxieux de le tester. A t’il effectué le bon choix ? Unanimement, on s’applique à tour de rôle à le chambrer au maximum. Il encaisse cet humour avec fatalité et nous promet de nous laisser tous sur place dans les ascensions. Le tous me laisse pantois car Bernard et André me paraissent vraiment « affûtés ».
On appelle Bernard vers 7H30. Notre copain et régional de l’étape nous attend de pied ferme. Il se propose même d’acheter quelques victuailles pour l’après course. Walter lui répond qu’on ne traînera pas car sa permission de sortie est limitée à 18 heures. Sylvie l’attend pour une soirée programmée bien avant l’officialisation de notre périple.
Xavier semble bénéficier d’un délai supplémentaire d’une 1/2heure. André d’une heure. Mon statut de célibataire du week end me laisserait plus de latitude. N’empêche, on se fait –facilement- une raison. Le quatuor est parti groupé d’Albi et il y reviendra pareillement en tenant compte des désirs du plus pressé d’entre nous.
Entre Toulouse et Luchon, on parle un temps boulot. Nos appartenances professionnelles différentes nous entraînent dans d’intéressantes conversations, notamment sur l’informatisation des services et l’utilisation professionnelle du web. Chacun retire quelque chose des réflexions de ses collègues – copains. Les échanges sont libérés de toute pesanteur ou langue de bois.
Walter nous fait rire en nous expliquant la teneur de son prochain stage toulousain. Il nous parle de restauration rapide en pensant restauration collective. Sacré Mac do, quelle force de pénétration dans les esprits !
Et que penser de cette fonction publique territoriale peinant à définir une filière informatique. Elle oblige de fait ses agents désireux de progresser de grade à se former dans des secteurs sans aucun rapport ni mise en pratique avec leur qualification.
Plus tard, Xavier évoque ses années toulousaines de sportif de haut niveau. 4 ans de sport étude et de fréquentation du CREPS. Pour ensuite, entre autres, un long bail avec l’équipe première du XV du Sporting Club Albigeois. Je lui dis deux mots de ma très modeste période rugbystique parisienne au CASG.
André nous parle d’un voyage d’étude déjà accompli sur la voirie et les bandes cyclables luchonnaises. Il connaît bien son affaire.
Je leur montre le guide du Routard et le guide Vert sur Midi Pyrénées. On s’instruit sur les spécialités locales auxquelles on échappera. Le pétéram et la pistache. Deux plats particulièrement conséquents. Le premier réunit
pied et ventre de mouton, jambon et fraise de veau, lard et pommes de terre, ail et vin de Gaillac. Il nécessite 10 heures de cuisson. Le second est un ragoût de haricots au mouton et à l’ail. Bonjour la diététique !
On retrouve Bernard au centre de Bagnères, près des allées d’Etigny .Quelques curistes prennent le chemin des thermes et du vaporarium en traversant le parc de la place des Quinconces . Ils portent tous le même sac en plastique à la gloire de l’établissement. Ils paraissent résignés à défaut de sourire. Nous ne reconnaissons aucun grand artiste, avocat ou prédicateur venu spécialement soigner sa voix ou sa capacité respiratoire.
On installe temporairement notre petit folklore autour du banc à l’arrière de notre place de parking. Dégustation des chocolatines et pains aux raisins apportés par Bernard. Soulagement de nos vessies entre deux voitures. Déchargement des vélos du toit de la Laguna avec prise d’appui sur un escabeau spécifique. Mise en tenue complète de cycliste. Essai des vélos.
Bernard, André et Xavier vont ensuite garer la voiture dans le parking de la résidence. Avec leur assentiment, Walter et moi prenons quelque avance vers la route toute proche du Col du Portillon et de l’Espagne .A peine 1kilomère et demie de vallon de Burbe avant la montée de 8,3 kilomètres et un pourcentage moyen de 7, 3.
Ici, peu d’hors d’œuvre, on passe très vite au premier plat de résistance. Le premier kilomètre prend la forme d’un faux plat à 1%, le second d’une montée à 4% de moyenne. Ensuite, changement de programme. II faut pédaler entre 5,5% et 10 % de déclivité.
Je pressens la situation. J’y arriverai mais ce sera d’autant plus difficile d’atteindre ce sommet franco espagnol de 1293 mètres qu’on aura occulté un réel échauffement sur le plat. Le Portillon bénéficie d’une réputation de col court pour certains, mais il reste surtout pentu pour moi. Bagnères de Luchon se situe à 620 mètres. Et reste, après Bordeaux, la ville où le Tour de France a le plus séjourné. C’est dire….
J’ai connu de meilleurs débuts d’ascension. Aux prises avec une cale de pédale peu coopérative avec le protège chaussures, je stoppe assez rapidement et laisse partir Walter. L’homme au P 38 est en forme. Il s’en va, debout sur ses pédales. Diable Rouge joue la danseuse du Portillon. Ollé, arriba el diablo rojies….
Je repars, le protège chaussure droit dans une des poches arrière du maillot. Les trois autres copains me rattrapent facilement un peu plus loin. André se propose de rester avec moi mais je l’en dissuade. Je monterai à mon rythme et en fonction du cardio, c'est-à-dire environ deux ou trois kilomètres à
l’heure de moins qu’eux.
Au quatrième kilomètre, si mes repères par rapport aux bornes s’avèrent exacts, je me débats avec des lacets à 7, 5% de déclivité moyenne. Ce sera sensiblement pareil pour le cinquième hormis un bref tronçon avoisinant les 14%. Honnêtement, je ne m’en souviens pas. Les potes non plus.
Les 5,5% du sixième kilomètre permettent une relative récupération avant de peiner devant les 7,5% du septième et les terrifiants 10% du huitième.
Je termine lentement mais sûrement. André et Bernard viennent me rechercher dans les derniers six cent mètres. Cette fois, ça y est. Je m’arrête autour de la borne frontière en milieu de carrefour et prends le temps de récupérer et de m’alimenter une nouvelle fois. Avec Xavier, on se serre la main tout en posant un pied dans chacun des deux pays.
J’en oublierai naïvement de remettre les gants. Tant pis. On entame la descente espagnole vers Bossost (712 mètres) à bonne vitesse. 6 kilomètres dont plusieurs de lacets grisants et un arrêt belvédère sur le Val d’Aran.
Bernard nous y commente le panorama. On sent qu’il aime sa région de villégiature .Le haut Luchonnais propice à d’insolites escapades de l’autre côté d’une frontière sans barrières.
On se pincerait presque de plaisir tant on est surpris et contents de se trouver ici pour quelques instants. Férus d’Espagne à vélo. Entre Bossost et Lès en bord de rio de garonna .Et nous, on ne vient pas faire provision à toute vitesse de cigarettes ou d’alcool à plus faible TVA.
Retour en France par Fos et Saint Béat. Nous rejoignons ces deux villages avant le redouté Col Menté. Je remarque à l’entrée du second un panneau signalant une Maison de la Vallée de l’Ours. En fait, deux autres proches villages, Argut-Dessous et Melles ont été choisis il y a presque dix ans pour accueillir sur leur territoire trois ours en provenance de Slovénie.
A l’époque, la presse s’est fait l’écho de l’introduction de ces deux ours femelles Ziva et Melba et de leur compagnon Pyros. Les deux mamans ont donné naissance à Boutxy et Caramelle. Avant qu’un jeune chasseur ne tue par surprise et par peur Ziva en septembre 1997.
Apparemment, la vallée s’est auto intitulée Vallée de l’Ours. Le sujet n’en est pas devenu réellement consensuel. Augustin Bonrepeau, le député et Président du Conseil Général de l’Ariège a même fait voter en 2000 un amendement prévoyant la recapture. 1000 manifestants l’ont houspillé alors à Saint Gaudens. Depuis, le Conseil Constitutionnel a censuré l’amendement. Chaque partie reste sur ses positions. Augustin et de nombreux éleveurs excédés n’en démordent pas plus que d’actives associations de défense de l’ours des Pyrénées.
On quitte l’ancienne place forte de Saint Béat et ses 505mètres en croisant un groupe de cyclos tout sourire. Eux viennent de descendre le col que nous nous apprêtons à monter. Menté, 1349 mètres, 9,8 kilomètres à 8,7 % de moyenne. Et plusieurs passages durs pour ne pas dire asphyxiants à 10 %.
On ne le sait pas car rien ne l’indique. On le saura plus tard en lisant la revue Le Cycle. La pente du premier kilomètre affiche 8,5% de déclivité, celle du second 9,5%, celle du troisième 8%. Les lacets en forêts de résineux des quatrième et cinquième 9, 5%. La pente du sixième est de 8,5%, celle du septième 10%. Les pentes des deux derniers kilomètres « plafonnent « à 8%. Mamma mia, quel effort permanent …dans le brouillard pour la seconde moitié du parcours.
« Je me le fais » quand même ce satané passage à 10 mais à toute petite vitesse, petit plateau et pignon arrière inverse. J’ai le sentiment de mouliner dans le vide et de ne plus pouvoir harmoniser le pédalage et la respiration. Je m’accroche à l’énergie.
Passé, ouf, mais pas sorti d’auberge. Je sens venir une crampe au moment d’entamer les deux derniers kilomètres ( 9 et 8%, saurai-je aussi plus tard). Je stoppe cinq secondes, pose pied à terre, boit, ouvre et mâche une barre énergétique. Respire amplement et repars momentanément revigoré.
J’arrive au sommet 20 minutes après mes pôtes. Bernard, André et Xavier ont même eu le temps de monter jusqu’au Mourtis et d’en revenir. Walter, arrivé trois minutes après eux, m’a patiemment attendu. En se délivrant au grand air de tous les gaz naturels comprimés dans son organisme durant l’ascension. Touristes et huskies ont très modérément apprécié, m’apprend t’il étonné et ravi.
On discute un peu car j’ai besoin de récupérer quelques instants. On a tous aperçu dans un virage montant la stèle relatant la chute en 1971 de Luis Ocana. Le champion a dû abandonner alors qu’il distançait Eddy Merckx de huit minutes. On découvre aussi sur ce sommet une autre stèle plus discrète consacrée à Serge Lapébie.
J’imite les copains en revêtant le K way. C’est parti pour une froide et tristounette descente vers Henne Morte et Sengouanet. Sans visibilité question paysage mais avec pléthore de grésil dans les yeux et sur les vélos. Et pas mal d’a coups dans le dos, les bras, les épaules. De quoi diversifier les Préliminaires de l’Année Ventoux.
Heureusement, on retrouve à partir du Courret des paysages, une route et un climat plus favorables. La pente descendante persiste plus doucement. Elle nous stimule et nous repose. On apprécie l’utilisation de la roue libre.
On renoue aussi avec la ruralité et ses restes de services publics en croisant plusieurs fois une Postière en voiture. Pas mal de maisons de bord de route ressemblent à de récentes résidences secondaires rénovées avec l’esprit du pays . Je remarque enfin une conserve artisanale de foie gras.
Il fait soif. Nous avons tous, ou presque, asséché nos bidons. Bernard, Xavier et André se dévouent pour le groupe en faisant un léger crochet jusqu’au centre de Sengouagnet. En recherchant un point d’eau, ils lient conversation avec une villageoise heureuse de leur rencontre.
L’ascension du col des Ares (797mètres) se déroule bien pour tous .On salue de temps à autre quelques piétons. Certains se régalent de saucisses grillées dans un abri en pierre et nous encouragent spontanément. Verre de rouge en main.
Cette montée requiert un léger effort, sans commune mesure avec le Portillon et le Monté. Je l’effectue avec Walter sur plus de la moitié à onze à l’heure avant d’être dépassés par André, puis par Bernard. Tous deux pédalent facile et entraîneront quelque temps Diable Rouge dans leur sillage. Je terminerai avec Xavier.
Chacun cherche à deviner quand même les kilomètres restants en se repérant tous les cinq cents mètres au panneau indicateur de la cabine téléphonique d’une aire de repos. On la considèrera tous à défaut comme le point d’arrivée avant de découvrir penauds un reliquat obligatoire de quelques hectomètres.
On rentre « costaud » vers Luchon via Antichan, Fronsac, Chaum, Cierp Gaud, Lège et la longue départementale 125. Comme des chevaux heureux de rejoindre l’écurie après leur raid.
Xavier connaît subitement quelques alertes de crampes. Je reste avec lui pour une courte halte et une rentrée moins soutenue que le « train » du trio de devant, André, Walter et Bernard. On apprécie la large bande cyclable de la RD 125 nous permettant de rouler confortablement de temps à autre à deux de front. Il est des initiatives albigeoises et tarnaises moins spacieuses ou plus dangereuses.
14H30 et des poussières. On a tous regagné le parking de la Résidence des Thermes. Les vélos se reposent. L’appartement luchonnais de Bernard connaît une soudaine animation. La table à manger et la salle de bains surtout.
La première expose les fromages, saucissons, pains et bières apportés par Lolo. Et on y fait honneur. La seconde nous voit défiler en peu de temps à tour de rôle pour retrouver un look de bipède propret, douché et bien habillé.
Les tenues cyclo partent enfouies dans les sacs de sport qui, eu