Récits de quelques escapades cyclo d'une équipe de copains du Conseil Général du TARN et de leurs potes...
Hors d’œuvre de stars.(mai 2004)
Jeudi 6 mai. Un peu plus de 8 H 30. Albi étale sa grisaille météorologique. Il fait triste et de temps à autre il pleuvote. L’entrée du hall du Conseil Général, côté Lices Pompidou, connaît cependant une inhabituelle animation.
On est une douzaine de collègues à avoir quitté momentanément nos bureaux respectifs pour venir saluer nos trois stars, Denis, Hervé et Bernard. Eux aussi escaladeront le Ventoux samedi. Ils ont simplement décidé de partir ce matin en vélo d’Albi. Maintenant.

Hors d’œuvre de stars. 352 kilomètres en deux jours entre Albi, le Vigan et Malaucène. Les copains ont préparé leur challenge avec méticulosité. Le logiciel de navigation cartographique de Microsoft a été largement utilisé. Le road book a été recouvert de film plastique pour mépriser de probables gouttes de pluies .Hervé a reconnu en voiture la première étape, histoire de déposer à l’avance à l’hôtel du Vigan le sac de voyage.
Le logiciel affiche 181,1kilomètres entre Albi et le Vigan et prévoit pour des automobilistes un trajet de 3heures et 27minutes. Il révèle 16 sections ou changements sensibles de direction : Albi- Ambialet, Ambialet- Curvalle, Curvalle-Balaguier sur Rance, Balaguier-Saint Sernin sur Rance, Saint Sernin-Saint Afrique, Saint Afrique-Saint Rome du Cernon, Saint Rome-La Cavalerie, La Cavalerie ( bonjour José) Nant, Nant-Saint –Jean-du Bruel, Saint Jean-Sauclières, Sauclières-Alzon, Alzon-Arre, Arre-Bez et Esparon, Bez-Molières-Cavaillac-Le Vigan.
Quelle extraordinaire leçon de géographie naturelle sur la Vallée du Tarn, Le Millavois, Le Causse du Larzac, les Grands Causses….Une invite nostalgique à se remémorer autour de la Cavalerie les grandes années 1970 de lutte des 103 Paysans et de leurs amis de partout contre l’extension du camp militaire. Il y a 34 ans, nom d’un Roquefort ! Le rendez vous josétien d’août 2004 sur l’alter mondialisation parait plus éphémère.
Les trois héros quittent Albi après quelques photos, tapes sur l’épaule, accolades ou baisers. Marie Christine et Martianne laissent partir leur homme avec confiance et abnégation. Denis et Hervé ont déjà réalisé tant de paris sportifs ensemble ! N’empêche, elles confient « ces deux gamins » à Bernard. « Je ferai le Papa, leur concède t’il gentiment ». Pendant ce temps, Christiane n’en finit pas de maudire ce ciel si repoussant vu d’une fenêtre de la Bibliothèque départementale. Et s’inquiète pour son mari tout en ignorant son récent statut de nouveau père. Faut dire aussi qu’un voisin lui a rappelé la fin tragique de Tom Simpson en 1967 à 1 kilomètre du mythique sommet et de quelques autres dont il a vraisemblablement aperçu les stèles en voiture. Humour ou bêtise ?
En fait, les trois copains rouleront plus vite que prévu. A 26, 8 de moyenne. Et arriveront au Vigan vers 15H40. Contents d’une journée parfois pluvieuse mais globalement agréable. Même si l’Ange Blanc a souvent gardé un œil sur le chrono. Et s’il sait expliquer les différences entre 29,8 et 30 à l’heure, lors du débriefing devant une bière en terrasse de café. Même si, à l’heure d’un casse croûte aveyronnais, la roue arrière d’une bétaillère leur envoie toute l’eau d’une flaque dans laquelle elle patine.
Au Conseil Général, on pense souvent à eux, notamment quand la pluie redouble de force. On s’interroge aussi. Le garde boue de Denis protègera t’il son propriétaire sans éclabousser les deux autres qui doivent rouler souvent dans sa roue ? Ne se heurteront ils pas à quelques automobilistes hargneux à la vue de cyclistes contrariant leur volonté de puissance et de vitesse ? Attention aussi à l’angle mort des rétroviseurs limitant la visibilité des automobilistes aux articulations fatiguées.
On pense aussi à notre équipée. Et aux conditions du voyage. André anticipe sur les lenteurs ou absences de réponses officielles sur l’utilisation éventuelle de fourgons « maison ». Il se met d’accord avec la Présidente du Cyclo Randonneur Albigeois pour le prêt de la remorque ès vélos. Entre sa voiture, celle de Xavier et la mienne, on assumera les différents convois. Je
sens néanmoins Diable Rouge fulminer par intermittence.
Avant de rentrer à la maison, en fin de journée, je fais un crochet route de Cordes jusqu’à la Cave de mon ami Michel et de son fils Ludo. Et en ressort après avoir acheté deux bouteilles de Gaillac méthode champenoise brut. Du très bon. Domaine de Labarthe, famille Albert. C’est (secrètement) promis avec moi-même : nous les dégusterons à dix samedi vers 18 heures si nous sommes tous arrivés à vaincre le Ventoux. Elles auront alors un sacré goût..
Vendredi 7 mai. Deuxième hors d’œuvre de stars. 171 Kilomètres attendent nos trois potes. Entre Le Vigan et Malaucène. Les 24 sections s’appellent le Vigan, Ganges, Sauve, Savignargues, Aigremont , Dommesargues, Brignon, Moussac, Garrigue-Sainte Eulalie, Uzès, Saint Hyppolite- de –Montaigu, Pouzillac, Valiguières, Tavel, Roquemaure, Châteauneuf– du- Pape, Bédarrides, Sarrians, Aubignan, Beaumes de Venise, Suzette et Malaucène. Une sacrée balade en pays cévenol.
L’itinéraire du deuxième jour se veut plus court, plus plat, plus tranquille nous ont-ils dit avant de partir. « Au moment de l’emprunter, on aura fait le plus dur «, ont-ils rajouté selon une expression fréquemment utilisée dans nos randos.
Ils se lèvent d’un bon pied et quittent le Vigan en repensant à leur soirée et conversations de la veille avec quelques gentils autochtones. Sympa, naturels, et donc bruts de décoffrage. L’un – le restaurateur- a clamé son admiration envers Hervé et Denis et a osé penser que leur accompagnateur, vue la différence d’âge, devait les suivre ou les tirer…en mobylette. Voici le « nouveau père » vieilli et affublé d’une mobylette. Lolo devenu Saint Bernard et Saint Christophe à la fois.
Les trois comparses évitent naturellement les autoroutes, les grandes routes, les grandes villes comme Alès, Nîmes, Avignon Orange. Ils font preuve de sagesse et de constance sur des routes départementales cévenoles. Leur allure reste vive. Que ne sont ils allés démarcher les Conseils Généraux des départements traversés pour se faire sponsoriser comme testeurs de voirie !
Tranquille, leur itinéraire le reste jusqu’à Bédarrides, kilomètre 139,9 de leur périple en comptant 171. Auparavant, deux petites alertes pimentent la journée. L’un des trois copains connaît une petite frayeur à Ganges, en tout début, avec un car de ramassage scolaire trop pressant. Quant à Denis, il se fait tasser contre un trottoir par un supposé papy au volant en mal de réflexes. L’histoire ne dit pas si l’automobiliste était sourd au point de ne pas entendre les vitupérations de l’Ange Blanc. Nom de Dieu …
Quelques temps après une halte non alcoolisée à Châteauneuf- du- Pape, le rond point de Bédarrides change la donne. Hervé chute pour un problème de bordure à l’entrée d’un rond -point. Plus de peur que de mal mais le trio connaît une égale frayeur. Il venait de rouler longuement, bien en rythme, sous la houlette de Denis et patatras…..La fête se gâche.
Epaule, genou et jambe droite sanguinolente témoignent de la chute. Le vélo n’a rien, le bonhomme repart. Son ami de vingt ans me dira plus tard avoir culpabilisé et avoir eu peur pour lui mais « heureusement il est solide et possède un mental inoxydable »..
Hervé avale avec ses potes la dernière côte de Suzette avant de boire une bière réconfortante et de rejoindre Malaucène. Une salutaire halte en pharmacie permet de désinfecter les plaies.
La signalétique du Clos Saint Michel laissant à désirer, Denis se précipite à l’Office de Tourisme pour plus ample information. Cette visite lui permet aussi de mettre enfin un visage sur la voix qui lui a régulièrement donné, durant la semaine, des nouvelles de la météo locale et des conditions d’accès au Ventoux.
Les trois amis prennent possession vers 17 heures de notre lieu de villégiature. Avec soulagement et ravissement tant le cadre extérieur et l’agencement intérieur du Clos paraissent idéaux pour notre séjour à dix. Les gîtes et chambres d’hôtes sont apparemment classés trois épis. Sur la table de la grande salle , en guise de cadeau de bienvenue, ils trouvent une bouteille de Côtes de Ventoux …de la propriété.
Ils auront finalement roulé à 30 de moyenne avec la complicité d’un vent compréhensif. Nous les rejoindrons plus tard en trois fournées selon notre heure de départ d’Albi. Et l’itinéraire routier choisi.
Une chose est sûre, Denis, Hervé et Bernard viennent d’en terminer avec leur hors d’œuvre de stars. « Deux jours de complicité et de partage qui resteront à jamais gravés dans nos souvenirs »… Et maintenant, le Ventoux, c’est pour demain….